On entend et on voit de ces choses ici…- « Je me suis fait un peu Che, moi » dixit un éminent critique de cinéma d’un quotidien communiste qui paraît le matin, exprimant par un jeu de mot vaseux son avis sur le film de Soderbergh. Où l’on voit que les vieilles rancœurs internationalistes d’hier ne sont pas forcément mortes.- « Bienvenue chez les Ch’tis » est un film d’auteur » a déclaré hier Kad Mérad à nos confrères du « Film français ». Voire un film « Art et Essai ». Voire un film expérimental. L’ivresse du succès ne justifie pas tout.- Bertrand Morane alias Charles Denner dans « L’homme qui aimait les femmes » de François Truffaut divisait l’humanité féminine en deux grandes catégories : les grandes tiges et les petites pommes. Hier soir, sur le bateau d’Arte, c’est une grande tige brune aux yeux pétillants qui était très fière (à juste titre) de ses escarpins rose fluo. C’est tout Cannes.- Sur ce même bateau, une charmante distributrice de films, déçue des réserves que j’exprime sur le film norvégien « O’Horten », finit par me demander : « Mais enfin, tu as aimé quels films ? ». Je me fais alors la réflexion suivante : on demande rarement « Quels films n’as-tu pas aimé ? ». Cette question-là est pourtant tout aussi pertinente, révélatrice et signifiante. L’époque est au positif à tout prix. Et contrairement à la doxa ambiante, il est pareillement difficile de dire des choses négatives ou positives sur un film : pour ou contre, encore faut-il argumenter.- J’ai guetté l’apparition du personnage de Régis Debray dans le film de Soderbergh : il est joué par un acteur… québécois. Le médiologue Debray qui se déclare « gaulliste d’extrême gauche » appréciera sans nul doute ce clin d’œil francophone.- Hier soir, tard dans la nuit, du haut de ma fenêtre, j’aperçois dans la rue d’Antibes (la rue principale de Cannes) une silhouette solitaire aux cheveux en bataille. C’est le cinéaste Philippe Garrel. Que fait-il là à deux heures du matin ? Soit six heures avant la première projection de son film qui est en compétition officielle, « La Frontière de l’aube ». Mais que pouvait-il faire d’autre ? Peut-on dormir sereinement à un moment pareil ? J’aurais dû l’inviter à prendre un verre !- Allez, une petite dernière brève de croisette pour la route, entendue dans la bouche d’une spectatrice à la sortie de la projection du film d’Atom Egoyan : « Au moins là, je n’ai pas eu mal au dos. Parce qu’hier les 5 heures du « Che », je ne te raconte pas. » La cinéphilie est un sport de kiné !Pendant ce temps, les millions de spectateurs du cinéma indien ignorent superbement le Festival de Cannes lequel, la mode Bollywood étant passée, le leur rend bien…

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