Pourquoi ne pas avouer que j’allais voir « Le Che » de Steven Soderbergh en traînant les pieds ? A cause du sujet qui me semblait être une fausse bonne idée. A cause du réalisateur à la filmographie pour le moins inégale. J’avais peur de voir une sorte d’Oncle Sam contre Ernest le rebelle. Je me suis trompé, un point c’est tout. De ce film en deux parties, je suis sortie sonné. Soderbergh a rangé la grosse caisse : il filme à hauteur d’homme, de destin et de tragédie. Il fait des choix signifiants, comme celui par exemple d’éviter les morceaux de bravoure attendus (l’arrivée triomphale à La Havane, la remise en scène de la dernière photo du Che, etc). Le Che

Benicio del Toro
Benicio del Toro © Radio France / Warner Bros Pictures

ministre et ambassadeur de Cuba est filmé en noir et blanc comme pour des images d’archives télévisuelles : c’est l’autre icône médiatique qui se construit sous nos yeux. Soderbergh n’est ni dans l’attaque, ni dans la défense. De fait, son propos est ailleurs, notamment dans une interrogation permanente : que peut-on encore dire et montrer d’un homme qui appartient à la mémoire commune ? Décidément, ce Festival n’aura pas cessé de poser la question du document, du documentaire : non pas filmer le réel, mais filmer du réel. La première partie du film est l’histoire d’une formidable conquête. La seconde raconte une chute inexorable. L’une miroir de l’autre. Une même montagne avec ses deux versants opposés et complémentaires. Et pour arriver à ce résultat tout à fait étonnant, il dispose d’un atout-maître en la personne de Benicio Del Toro. Il y a, je crois, deux façons de représenter au cinéma des personnages connus : l’interprétation (tendance Marion Cotillard/ Piaf : tout se voit, depuis la première trace de maquillage jusqu’au moindre tic) et l’incarnation (tendance Michel Bouquet/ Mitterrand : pas de trace de jeu et d’artifice). Del Toro et son Che appartiennent radicalement à la seconde catégorie. Un Prix d’interprétation masculine ? Oui, évidemment. Qui d’autre ?! Pendant ce temps toute l’équipe de « Bienvenue chez les Ch’tis » montait les marches du Palais pour la présentation du film « Le Che ». Cherchez l’erreur.

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