Comment ne pas soutenir un tel mouvement ? Mercredi prochain, la Fédération nationale des cinémas français (FNCF) appelle toutes les salles de cinéma françaises à « éteindre leurs enseignes et leurs façades » durant une heure, de 18 à 19 heures. La modestie de l’opération est inversement proportionnel au caractère inquiétant de la situation que connaissent depuis plusieurs mois déjà certains cinémas indépendants. Que se passe-t-il pour ces salles souvent situées dans de petites villes où les multiplexes n’ont aucune envie de s’installer pour cause de rentabilité aléatoire ? Qu’est ce qui fait peur à ce réseau qui fait du territoire français un ensemble unique en son genre à travers le monde ? Que craignent donc ces cinémas de proximité dont l’existence doit être sauvegardée à tout prix ? Qu’ont-ils donc à manifester, alors même que les spectateurs ne désertent en rien les salles, bien au contraire (188 millions d’entrées en 2008) ? Ils s’inquiètent tout simplement de certaines réalités actuelles, certaines inévitables, d’autres contestables. Ce contre quoi, ils ne veulent et peuvent aller, c’est la déferlante numérique : le passage à cette nouvelle norme technique induit des investissements lourds et parfois impossibles à envisager sans de fortes subventions. La balle est clairement dans le camp des pouvoirs publics via le Centre national du Cinéma (CNC). Il convient certainement de mettre en place un plan d’aide à l’équipement des salles indépendantes les plus en difficulté. On ne peut à la fois se féliciter de l’existence du réseau de salles, défendre sa pérennité et ne rien faire quand cette dernière est menacée non par une désaffection des publics mais par un impossibilité financière compréhensible au regard des sommes en jeu. En revanche, l’autre motif d’insatisfaction et d’inquiétude ne repose pas sur une incurie des pouvoirs publics mais sur les effets d’une décision politique qui est un mauvais coup porté précisément à la pérennité des salles obscures. Il s’agit de la fameuse « chronologie des médias », autrement dit la modification substantielle du délai entre la sortie en salle d’un film et sa parution en DVD. De six mois, on passe désormais à quatre mois seulement. A juste titre, les professionnels craignent une baisse de la fréquentation dûe à cette concurrence déloyale organisée. La salle doit rester le lieu de projection par excellence et non l’antichambre obligée, presque forcée, des petits écrans et autres projections solitaires. Ce qui est en jeu ici, c’est la survie du cinéma dans sa dimension collective et spectaculaire. Tout sauf un enjeu mineur. Dans tous les cas, il appartient au CNC de trouver des réponses adéquates : on ne peut se contenter de « laisser faire le marché » sauf à vouloir la mort progressive de dizaines de salles en France.Enfin, en interne, les « petits » exploitants doivent se battre pied à pied pour pouvoir diffuser les nouveaux films le jour même de leur sortie nationale. Dans « Le Monde » récemment, l’un d’entre eux se plaignait ainsi de n’avoir pu présenter « Le Ruban blanc ». Un comble pour ce film exigeant. Il faudrait que les « gros » cessent d’avoir des pratiques monopolistes en la matière évidemment. Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Le plaisir délicat est de faire celui d’autrui. »Jean de La Bruyère, « Les Caractères »

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