Ce qu’écrivait « Anna » dans un commentaire du post du 1er septembre se confirme : « Oncle Boonmee … » peut séduire des adolescents de la génération « Avatar » gavés d’images incessantes et tournoyantes. J’ai revu la Palme d’Or aujourd’hui avec Violette, 13 ans depuis mars dernier, et je n’ai noté durant les presque deux heures que dure le film aucun signe d’ennui ou de mécontentement. Et, cerise sur le gâteau, il y avait bien quelques étoiles scintillantes dans les yeux de la ladite jeune fille à la sortie de la salle ! Comme quoi, il est de première importance de ne pas renoncer : le jeune public n’est pas seulement de la chair à images en 3D. D’autres propositions peuvent être faites qui ne tomberont pas sous le coup du ringard ou de l’ennuyeux. Tant mieux, car au-delà de la beauté des images, de l’humour et de l’ironie contenus dans ce film, il y a aussi l’expérience d’un récit qui prend son temps et d’images « lentes ». Poser son regard et le laisser ainsi errer sur l’écran au rythme imposé par l’auteur, accepter que le « mouvement » ne soit pas l’alpha et l’omega de chaque image, ne pas craindre de faire la pause : telles sont les vertus d’un tel film montré à des adolescents. Dans la frénésie des images qu’on leur impose à travers la démultiplication des écrans publics et privés, il est nécessaire de préserver des îles et de leur en donner la « possibilité » ! On se gargarise depuis des années sur la nécessité d’apprendre à lire des images en s’arrêtant au stade premier et primaire du décryptage des images de l’information essentiellement (gare aux effets pervers d’une démarche aussi restreinte à l’heure de la théorie du complot et du soupçon généralisé, coup de boomerang assuré…). Mais on oublie souvent d’aller plus loin et bien plus loin en montrant par exemple le travail des grands cinéastes. Comme si décrypter le JT de TF1 suffisait pour « lire » et « voir » Ozu, Murnau, Fellini ou Scorsese ! Ce serait évidemment pathétique. Certes, le monde (des images !) ne sera pas sauvé parce que des adolescents voient Oncle Boonmee sans barguigner, en l’appréciant à sa juste valeur. Mais, on peut en déduire que rien n’est perdu et qu’il suffit peut-être que les adultes ne renoncent pas à être des passeurs (le mien en la matière s’appelait et s’appelle toujours Dominique : sans lui, le cinéma n’aurait été qu’un maigre divertissement, alors qu’il en a fait autre chose de grave et de joyeux à la fois). On pourrait peut-être fonder le club de Ceux-qui-montrent-Oncle-Boonmee -à-des-adolescents » ! En attendant, Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois sera sur les écrans mercredi prochain. Et il ne faut pour rien au monde rater cette belle œuvre laïque et religieuse, profane et sacrée.

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