Les critiques du Masque et la Plume aiment bien Wim Wenders d'habitude - mais là, à les entendre, ce qui ressort du film, c'est surtout… l'ennui, la vanité, la banalité.

Détail de l'affiche Des Beaux Jours d'Aranjuez
Détail de l'affiche Des Beaux Jours d'Aranjuez © Alfama films

Jérôme Garcin :

"On parle du nouveau film Les beaux joursd’Aranjuez du réalisateur Wim Wenders qu’on aime bien, mais là, il faut s’accrocher. C’est tiré d’une pièce de Peter Handke qui fait d’ailleurs une brève apparition en jardinier. Les acteurs sont Reda Kateb, Jens Harzer, et Nick Cave au piano, et allez comprendre, c’est en 3D. Pourquoi ? C’est un grand mystère".

"Après une déambulation assez belle dans un Paris désert sur le sublime Perfect Day de Lou Reed, en bande-son, on s’installe après sur la terrasse d’une jolie maison d’Île-de-France ou un écrivain fait son œuvre sur une machine mécanique et tape le dialogue sentencieux auquel on va assister entre un fils et son père. Ils échangent des propos sur le temps, la vie, la mort et l’expérience sexuelle. Je ne sais pas comment dire, mais, c’est d’un ennui d’anthologie."

Tout ça ne dit rien, ne raconte rien

Xavier Leherpeur :

"Oui, c’est un film à voir exclusivement si on veut faire une thèse sur l’ennui au cinéma. Sinon, ça n’a aucun intérêt. Parce qu’ici on repousse les limites de l’ennui et de l’improbable. J’ai rarement vu un film avec autant de snobisme dans le texte, de vacuité dans les propos. C’est terrible. On essaye de s’accrocher au texte de Peter Handke, mais il nous échappe, il nous tombe des oreilles tellement, il est abscons, daté… C’est déjà du vieux théâtre alors que c’est l’un de ses derniers textes.

On essaye de s’attacher au principe de mise en abîme, où l’on voit l’écrivain qui a sur sa table de travail une reproduction de la petite table de jardin et des deux fauteuils dans lesquels ses deux héros qu’il voit par la fenêtre sont en train d’échanger… Au cas où on n’aurait pas bien compris.

On essaye de s’intéresser au jeu de Reda Kateb, qui est très courageux, vu le texte qu’il a, mais il coule avec le navire. Mais tout ça ne dit rien, ne raconte rien. Je sais que je vais me faire engueuler par Jean-Marc qui va me dire : « arrête avec cette idée qu’un film doit raconter quelque chose, et qu’un scénario c’est important », mais à ce point ! C’est un texte sentencieux, donneur de leçons, vain…"

C’est d’une banalité !

Pierre Murat :

"C’est surtout banal. Sur l’érotisme, ou la perversité racontée par elle, la comédienne, qui n’est pas bonne du tout, donc Reda Kateb fait des efforts… Les souvenirs sont chauds, mais racontés de manière glaciale. C’est d’une banalité ! Mais qu’est-ce qui lui a pris ? Ses derniers films ne sont pas bons du tout, mais là !

Jean-Marc Lalanne : "Je ne l’ai pas vu."

Danièle Heymann :

"Quelle lâcheté, Jean-Marc ! C’est à moi, donc. La 3D, c’est la profondeur de champs sur un jardin infini, et sur le frémissement des feuilles. Je m’emmerdais tellement à les écouter que j’ai regardé ce jardin, et il est très beau. C’est l’homme et la femme, d’ailleurs sur la petite table, il y a une pomme ! Mais qui n’est plus le fruit défendu, parce qu’on croque dedans. Ahahaha ! C’est effrayant.

À un moment, où Reda Kateb, qui n’en peut plus, fait trois pas sur le gazon, et elle dit : « ah non, pas d’action, seulement le dialogue ». Intérieurement, je me suis dit : « zut, ça va reprendre ! ». Et hop ils se rasseyent et recommencent à parler. Ce qui m’a frappé, c’est que c’est un texte sur l’amour physique, or moins érotique que ça, tu meurs.

Avec le texte de Peter Handke, qui est tout à coup d’une trivialité ! Quand elle parle de sa première extase dans la cabane, elle dit, par exemple, qu’elle était sur une « merde humaine ». Lui aussi parle aussi de ses expériences : des excréments de chauve-souris. Passionnant ! Je me suis attachée aux plans sur un vieux juke box que j’ai trouvé très photogénique. Et à l’apparition brève et spectrale de Nick Cave."

Écouter l'extrait de l'émission consacré aux Beaux joursd'Aranjuez

Image extraite du film "Les Beaux Jours d'Aranjuez" de Wim Wenders
Image extraite du film "Les Beaux Jours d'Aranjuez" de Wim Wenders © Alfama Films

► Écouter l'émission du Masque et la Plume en entier (les autres films évoqués ce soir-là sont : "Le Client" d'Asghar Farhadi, "Planetarium" de Rebecca Zlotowski, "L’histoire de l’amour" de Radu Mihaileanu, "Tu ne tueras point" de Mel Gibson, "Iris" de Jalil Lespert, "Maman a tort" de Marc Fitoussi).

► Ecoutez aussi Wim Wenders invité de Boomerang d'Augustin Trapenard, et de L'Heure bleue de Laure Adler. Et Reda Kateb, invité de Si tu écoutes, j'annule tout de Charline Vanhoenacker

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