Difficile de se frayer un chemin en ce mois de juin parmi les grosses productions américaines destinées à faire peur, les comédies chorales à la française et des films quasi expérimentaux venus d’ailleurs. D’autant plus que le temps presque estival de cette journée incite peut-être à déserter les cinémas pour courir vers d’autres paradis moins artificiels et plus sensuels ou pour se promener sans but précis et main dans la main, comme on le fait quand la ville invite enfin à la flânerie, à la paresse salutaire.Pourtant, il est au moins un film cette semaine qui donne l’envie d’aller au cinéma. Il s’agit de « Jaffa » de Keren Yedaya. Ne vous attardez pas sur l’affiche d’une banalité affligeante et qui met en avant l’une des fausses pistes du film. Si ce dernier en effet n’était qu’un Roméo et Juliette en terre israélo-palestinienne, à Jaffa, la ville mixte par excellence, l’impression de déjà vu serait assurément trop forte. Certes, il y a bien une belle histoire d’amour comme on aime les regarder ou les vivre entre Mali la jeune juive , fille du patron, et Toufik l’employé arabe. Mais l’âme du film de Yedaya réside ailleurs que dans les entrelacements d’un scénario assurément bien ficelé. Ce que nous regardons en priorité, c’est la vie quotidienne de cette famille et de son environnement pour lesquels le contexte politique et même géostratégique n’existe guère. Ici, il faut vivre ensemble chaque jour. Avec les grandeurs et les misères de la vie de famille. Au centre de ladite famille trônent la mère et le père, deux acteurs phares : Ronit Elkabetz et Moni Moshonov (souvenez-vous, c’est aussi un père de famille dans « Two lovers » de Jamles Gray). Une scène notamment les rasemble, celle où le père et mari masse les pieds (oui, les pieds, zone sensible, parfois érogène et qui, quoi qu’il en soit, doivent êtte, selon l’expression, l’objet de soins attentifs) de son épouse laquelle regarde alors la télévision. C’est quoi ce sentiment qui traverse précisément une telle scène et d’autres dans ce film ? La sollicitude tout simplement, ce vade mecum du vivre ensemble sans lequel rien n’est envisageable de profond et de durable. Oui, ce qui fait le poids de « Jaffa », c’est cette capacité à décrire la sollicitude dont les membres de la famille font preuve les uns à l’égard des autres.Si vous m’en croyez, allez voir « Jaffa » aussi pour ces instants de grâce. Je vous laisse le soin de découvrir ce que le film montre de plus lourd et de plus grave. De l’universel dans le spécifique, c’est le cocktail impératif des films qui vous marquent.Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Je voudrais qu’un homme, un seul, me comprenne. Et j’aimerais que cet homme ce soit vous. »Georges Simenon

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