Lionnel Luca, le député alpin et maritime qui a désormais vu « Hors la loi » de Rachid Bouchareb et peut enfin en parler en connaissance de cause était ce soir l’invité de Frédéric Taddéï sur France 3. Ce fut l’occasion d’apprendre de sa bouche qu’en sa qualité de représentant du peuple à l’Assemblée nationale, il fait partie d’un groupe de travail sur la production cinématographique. On peut imaginer que du fait de cette mission spécifique, il ait sur l’économe du cinéma français une connaissance sinon encyclopédique du moins un certain savoir technique. Or, il nous a appris d’un même mouvement et très benoîtement qu’il avait appelé au téléphone la directrice du Centre national de la Cinématographie, Véronique Cayla, pour lui demander comment il se faisait que « Hors la loi » avait bénéficié pour son montage de, je cite, « subventions publiques ». Cette consultation individualisée peut apparaître légèrement surréaliste à l’heure d’internet et de l’information publique en ligne, mais passons, l’attaché parlementaire dudit député devait être occupé ailleurs… Monsieur Lucca n’aura pas perdu son temps, puisqu’il aura ainsi appris les spécificités du système français que beaucoup nous envient dans le monde entier et qui, loin d’être fondé sur une éventuelle gabegie de l’argent public, repose sur une redistribution qui aurait plu à Robin des Bois : on prend de l’argent aux films qui ont bien marché pour le donner aux futurs films en préparation. Poursuivant son récit de la découverte de l’incroyable univers du 7ème Art, l’élu a tranquillement défendu l’idée qu’un film pouvait se juger et se faire condamner d’avance sur la seule lecture de son scénario. Ce qui reviendrait à s’étonner que l’esquisse sur papier d’un nouveau modèle automobile ne puisse pas embarquer des passagers et prendre la route sans passer par les cases fabrication et montage… Quant à s’étonner ensuite du gouffre esthétique qui peut séparer l’ébauche de la version définitive, on observera un silence poli. Enfin, le député, décidément très en verve, a feint de croire que les films sélectionnés au Festival de Cannes relevait d’un acte politique décidé par chaque pays concerné. Autrement dit, on se serait cru revenu au bon vieux temps du Ministère de l’Information et de la voix de la France. L’élu allant même jusqu’à mettre en cause le financement par France Télévisions, en oubliant que le précédent film de Rachid Boiuchareb, qui trouve manifestement grâce à ses yeux, l’avait également été. C’est peut-être ça pourtant la crédibilité et l’honneur du service public : aider à la production de films qui ne plaisent pas à tout le monde en même temps…

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