Il se murmure que je suis un futur Président du jury qui fait peur par son éxigence et sa cinéphilie. Et la finalisation du jury, que l'on connaîtra lundi, en souffrirait... Je n'y crois pas. J'ai du caractère, c'est tout. Mais ceux à qui je fais peur devraient penser que mon dernier film est l'histoire d'un pape qui doute, alors... Au fait, C'est Marx qui avait au dessus de son bureau écrit la formule latine "Dubitandum est" ("il faut douter"). Comme quoi... Mais j'ai quand même retrouvé pour vous ce que je disais à propos de ma participation au jury cannois de 1997 :

"En 1997, j'étais membre du jury au Festival de Cannes et c'est cette année-là que la Palme d'Or a été attribuée ex-aequo à Kiarostami et Imamura. A la différence de Venise, Cannes donne une indication de méthode, une sorte de loi électorale. Au cours des deux premiers tours du vote, la majorité absolue est la règle et à partir du troisième tour, la majorité relative suffit. Nous étions dix membres du jury et, avant le premier tour, j'étais le seul en faveur de Kiarostami qui présentait "Le Goût de la cerise"; Imamaura a eu la majorité relative aux deux premiers tours. Je les ai gardés deux heures, de 9 heures à 11 heures, à discuter l'attribution de la Palme d'Or et, au troisième tour, il y avait cinq votes pour Kiarostami et cinq pour Imamura.

Quand, après la décision a été prise, j'ai dit : "Je vais aux toilettes une minute." Michael Ondaatje, l'écrivain, a tout de suite rebondi sur la nouvelle et rétorqué : "Pendant que tu y vas, on attribue les autres prix !" Je les avais tous épuisés.

Ensuite, il s'est passé à peu près la même chose à Venise, en 2001, alors que j'étais Président du jury. Je tiens à le rappeler, l'idée selon laquelle le Président du jury a plus de poids que les autres est une pure invention de journalistes. Le Président du jury est là pour rappeler aux autres jurés qu'ils doivent voir tous les films, du début à la fin. Il n'est pas non plus vrai qu'en cas d'égalité, le Président à une voix double. Il y avait dans ce cas un film iranien, "Bulletin secret", de Babak Payami. Le film m'avait plu. Le jury était composé de sept membres et j'étais presque le seul à le défendre. Et, je dois le dire, ils ont eu pitié de moi, parce que j'ai été un Président du jury très correct, mais avec mes goûts, très personnels. C'est ainsi que les autres jurés ont finalement consenti à attribuer à "Bulletin secret" le Prix de la mise en scène."

Pour mémoire et complément, en 1997, le jury du Festival de Cannes était présidé par Isabelle Adjani et outre Moretti et Ondaatje, ses autres membres étaient : l'actrice Mira Sorvino, l'écrivain Paul Auster, les cinéastes Tim Burton et Mike Leigh, le metteur en scène Luc Bondy et le danseur Partrick Dupont.

A domani !

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