Avant qu'il ne le raccourcisse, son nom sonnait comme celui d'un héro de roman, Jonathan Barry Prendergast. En quatre décennies, il est devenu un compositeur de musique de films dont on connait le nom, à l'instar de John Williams, Nino Rota ou Ennio Morricone. Retour sur quelques unes de ses œuvres les plus marquantes.

John Barry devant son piano (1967)
John Barry devant son piano (1967) © Getty

Son père gérait une chaîne de cinéma. Sa mère, musicienne douée, avait dû abandonner une carrière de pianiste prometteuse. Alors qu'il se destinait à suivre les traces de son père, la passion de sa mère l'a vite rattrapé. Il s'initie au piano, étudie le jazz, puis, pendant son service militaire, apprend la trompette et fonde un groupe, le "John Barry Seven". 

Un an plus tard, en 1958, il travaille pour la télévision britannique comme compositeur et arrangeur. Son travail est remarqué par Noel Rogers, le responsable de la musique de United Artists, qui le contacte. 

My name is Barry, John Barry

Le fameux thème de James Bond n'a pas été composé par John Barry, mais par Monty Norman. Chanteur et compositeur à succès, notamment grâce à quelques thèmes de comédie musicale, Norman a séduit Albert Brocoli, LE producteur emblématique de la saga 007, par son style résolument moderne. Il rejoint l'équipe du film James Bond 007 contre Dr No en Jamaïque pour enregistrer quelques airs du cru. Il compose également un morceau qui mêle guitare électrique et Bongo et qu'il baptise "The James Bond Theme".

Problème : Brocoli n'aime pas. C'est là que Noel Rogers lui conseille de faire appel à John Barry pour personnaliser ce thème. Barry ne va pas se contenter de le remanier le morceau. Il le retravaille intégralement, le rend plus dynamique et le transforme en l'un des thèmes musicaux les plus connus du monde.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

John Barry ne sera pas crédité au générique de Dr No et Monty Norman percevra les droits de la musique de ce premier Bond. Barry se rattrapera en composant les musiques de la majorité des James Bond, jusqu'à Tuer n'est pas jouer. En 1995, il est écarté de la série, à cause d'un "différend artistique" avec les producteurs.

Lors de sa disparition, son successeur, David Arnold a déclaré à la BBC :

James Bond aurait eu beaucoup moins de flegme si John Barry ne lui avait pas tenu la main.

Macadam cowboy

Le style John Barry est facilement identifiable. Des cordes luxuriantes et des cuivres, beaucoup de cuivres, réminiscence de sa formation de jazzman. Mais c'est aussi un novateur. Il est l'un des premiers à introduire des synthétiseurs dans une musique de film (Au service de sa majesté, 1969) et à utiliser des artistes et des chansons pop. Comme dans Macadam Cowboy de John Schlesinger (1969).

"Ce film est montré à l'école de cinéma de l'UCLA comme le meilleur exemple de la façon dont les chansons devraient être utilisées dans les films" expliquait le compositeur en 1997. "On a ajouté deux chansons : Everybody's Talkin', d'Harry Nilsson, et une chanson de John Lennon. Et pour le reste, nous avons demandé à de jeunes auteurs-compositeurs d'accompagner les scènes." 

Les chansons fonctionnent parce qu'elles ont été écrites pour le film.

Pour cette bande originale, outre les chansons, John Barry confronte les nappes de son synthétiseur avec l'harmonica de Toots Thielemans pour un résultat plutôt surprenant. On est à mi-chemin entre la bande originale d'un western spaghetti et le thème d'une comédie romantique des années 60.  

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Un mélange détonnant et pour le moins efficace. Le film remporte trois Oscars (Meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur adaptation) et le compositeur, un Grammy Award.

Amicalement votre (The Persuaders !)

Ce qui vous revient immédiatement en mémoire, à l'évocation de cette série éphémère (une saison et 24 épisodes) mais incontournable, c’est le générique en split screen (écran divisé) et la musique de John Barry. 

Pour le thème principal, le compositeur utilise un cymbalum, sorte de cithare dont on frappe les cordes, instrument qu'il avait déjà utilisé six ans plus tôt dans Ipcress, danger immédiat de Sidney J. Furie, 

Il utilise également un synthétiseur Moog. John Barry a souvent dit avoir été influencé par l'usage des synthétiseurs de François de Roubaix, le compositeur de musiques de films français. Grand mélodiste et artiste novateur lui aussi, notamment par son usage des synthétiseurs, instrument encore récent à l'aube des années 70. 

A peu près à la même époque, Gershon Kingsley composait le tube planétaire Pop Corn sur ce type de synthétiseur alors que Wendy Carlos, incluait ces sonorités nouvelles dans la Bande Originale de Orange Mécanique de Stanley Kubrick.   

Ce générique d'Amicalement Votre a connu un succès européen, participant par la même au statut de série culte que connait aujourd'hui encore la série. Il en existe deux versions :

  • Sous le titre Main Title la version du générique de début d'Amicalement vôtre, version originale plus rapide, en son monophonique, d'une durée d'1'12".
  • Une version réorchestrée par John Barry, en stéréo, au rythme légèrement plus lent que celui du générique original, et plus longue d'une minute, commercialisée en 45t à partir de 1972.

Pour l'anecdote, John Barry n'a composé QUE le générique d'Amicalement Votre. C'est un autre compositeur britannique, Ken Thorne, qui signe la musique sur la quasi totalité des épisodes (22 sur 24). 

Out of Africa

"J'avais un ferme en Afrique". Ces quelques mots accompagnés d'une envolée de violon et vous voilà transportés "au pied des collines du Ngong". Le thème principal d'Out of Africa nous cueille par surprise après une bonne minute d’introduction, puis se déploie avec douceur. Comme les sentiments des personnages. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Out of Africa est un film de Sydney Pollack avec Meryl Streep et Robert Redford. Pollack était un fidèle. C'était son cinquième film avec Redfod et la musique de ses six films précédents avait été composée par Dave Grusin. Il était donc un peu surprenant de trouver John Barry à la baguette de celui-ci. Mais si on jette un œil sur la filmographie de Dave Grusin, on peut voir que cette année là, il a composé les bandes originales de pas moins de cinq films. Ceci explique sans doute son forfait.

Sydney Pollack était très conscient de l'importance de la musique :

Après avoir fait tout ce que nous pouvons avec les mots et les images, le montage et le jeu d'acteur, il y a toujours ce petit vide qui peut être comblé avec la musique.

Mais avait également des idées très arrêtées. Il avait demandé à John Barry de construire sa partition autour de la musique indigène africaine. Le compositeur avait une autre approche :

J'ai tendance à essayer de rechercher un thème musical qui capture toute l'essence de l'image. Cette histoire a eu lieu en Afrique, mais l'objectif principal était la relation de ces deux personnes et leur amour de l'Afrique.

Pour accompagner l'une des séquences les plus célèbres du film Barry reprend une version du thème principal accompagnée d'un chœur.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Enorme succès de l'année 1985, le film sera récompensé par sept Oscars et trois Golden Globes, donc ceux de la musique pour John Barry.

Danse avec les loups

En ce début des années 90, après 30 années de carrière, John Barry est résolument estampillé "compositeur romantique". Et c'est aussi pour cela que Kevin Costner, dont c'est la première réalisation, le choisit. Bien qu'ayant pour cadre l'Ouest sauvage et mettant en scène des tuniques bleues et des indiens, Danse avec les loups n'est pas un western dans le sens classique du terme.

Et une nouvelle fois le compositeur va faire la part belle aux sentiments :

Pour Danse avec les loups, j'ai imposé une musique qui n'avait rien d'ethnique ou du western, et j'ai eu raison. Lorsqu'elles sont bien adaptées à l'intrigue, le public est toujours sensible aux grandes compositions lyriques.

Il arrivait à John Barry de développer une partition entière autour d'un seul thème, proposant ensuite des variation autour de ce thème. Pour Danse avec les loups, c'est au moins une douzaine de thèmes distincts qu'il compose.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Et pourtant la tâche ne fut pas facile, comme le raconte Quentin Billard dans Cinezik : "Opéré à la suite d'une rupture de l'œsophage, John Barry survécut presque miraculeusement à l'opération, et lorsqu'il fut enfin remis, il débuta la composition de ce qui reste à ce jour l'une de ses plus belles partitions écrites pour le cinéma américain. Probablement inspiré par son "retour" à la vie, John Barry signe une musique élégiaque, sensible, nostalgique, lyrique et sereine, une musique qui représente à merveille les paysages incomparables de l'Ouest américain."

Pour cette composition John Barry remporta un Oscar et un Grammy Awards. L'album ainsi que son Oscar sont dédiés aux médecins qui lui ont sauvé la vie.

John Barry reçoit l'Oscar pour Danse avec les loups (avec Alec Baldwin et Kim Basinger)
John Barry reçoit l'Oscar pour Danse avec les loups (avec Alec Baldwin et Kim Basinger) © Getty