Uzès, deuxième ! La ville-escargot n’a rien perdu de son charme et de son mystère ! J’ai beau prendre les choses par le petit bout de ma raison, tout ici échappe au rationnel. Y compris le temps qu’il m’a fallu (plusieurs décennies !) pour découvrir cette ville… de nuit. Longtemps ici je ne me suis pas couché de bonne heure, mais longtemps ici j’ai occulté la visite nocturne des places, rues, ruelles, venelles et autres cours d’hôtels particuliers régulièrement arpentés de jour. A l’instar notamment de cette place aux Herbes où avait lieu un mariage secret dans le « Cyrano » signé Rappeneau. Comme si la ville cocon refermait sur moi ses bras durant la nuit : dormez, je le veux, il n’y a plus rien à voir. Peut-être la phrase de Racine à ses amis parisiens (« Et nous avons des nuits plus belles que vos jours ») a-t-elle dans mon esprit tout paralysé, tout vitrifié dans le poids d’une formule définitive. J’ai heureusement franchi le pas depuis quelques années maintenant et je me promène désormais nuitamment dans Uzès. Avec un immense plaisir. Et l’envie permanente de faire partager à d’autres cette ville inconnue, secrète et dissimulée. Pas un bruit ou presque. Peut-être une fontaine. Quelques ombres furtives. Des lumières rares et partout la pierre blonde et chaude des maisons, du château et des églises. J’y retrouve alors ce qu’Alain Resnais dans « L’Amour à mort » avait si bien su capter : une minéralité sévère, celle d’une ville « austère qui se marre », mi catho, mi parpaillot. Des petits murets qui enserrent des chemins tortueux. Dans ce film étrange et magnifique où il est juste question de résurrection, Ardant et Dussolier jouent un couple de pasteurs, ceux d’Uzès précisément. On y parle de la vie, de la mort, de théologie et d’ « agapé ». Uzès est l’écrin parfait, le réceptacle idéal de cette passion amoureuse que la mort puis le retour à la vie viennent sublimer. Uzès a su trouver en Resnais un portraitiste subtil. Le jour et la nuit, c’est de fait cette dualité qui fonde le mystère uzétien. Tout ici reposait, il n’y a pas si longtemps que cela, sur la partition religieuse. Pas question par exemple de s’amouracher d’un jeune Catholique si l’on était une sémillante Protestante… Il y avait ici un pharmacien catholique et un autre protestant, même chose pour le boulanger… Tiens, au fait, seul le cinéma résistait à cet apartheid de plomb. Un seul cinéma pour tous. Un seul Capitole pour les deux camps. Désormais, ces réalités sont loin. Les Catholiques et les Protestants pratiquent l’extermination mutuelle en se mariant entre eux… Ce n’est plus « Vivement dimanche » pour exercer les cultes et fortifier les religions adverses. C’est « Vivement lundi » dans une sorte d’ œcuménisme bien établi.Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Et pourtant je tourne. »Claude Chabrol

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