Avec "The House that Jack Built", Lars von Trier recycle la sempiternelle comparaison entre le crime et l'œuvre d'art… Un film qui, de l'avis du "Masque et la Plume", est "abject", "sans aucune point de vue", "d'une bêtise consternante". Vraiment, ça ne passe pas. Voici leurs critiques.

Matt Dillon dans le rôle d'un serial killer pour le film "The House That Jack Built" réalisé par Lars von Trier (2018)
Matt Dillon dans le rôle d'un serial killer pour le film "The House That Jack Built" réalisé par Lars von Trier (2018) © Concorde Filmverleih GmbH / photo by Zentropa: Christian Geisnaes

Le résumé du film de Lars von Trier, par Jérôme Garcin

Le réalisateur danois nous inflige 2h35 de bouillie sanglante découpées, c’est le cas de le dire, en cinq chapitres, titrés "incidents". 

On y rencontre, dans l’état de Washington, le charmant Jack (Matt Dillon), un serial-killer affligé des mêmes TOC que Lars von Trier qui construit, comme le titre l’indique, sa maison sur les cadavres de ses victimes, entreposés dans une chambre froide. Jack est un homme raffiné et méthodique qui torture avant de tuer et tient ses crimes pour des œuvres d’art. Enfant, il coupait au sécateur les pattes des canards. Aujourd’hui, il enfonce les boîtes crâniennes avec un cric, tranche les seins des femmes, tire les enfants à la carabine et leur crève les yeux, et il signe ses horreurs « Monsieur Sophistication ».

Uma Thurman et Matt Dillon sur le tournage de The House "That Jack Built" de Lars von Trier (2018)
Uma Thurman et Matt Dillon sur le tournage de The House "That Jack Built" de Lars von Trier (2018) / Concorde Filmverleih GmbH / photo by Zentropa: Christian Geisnaes

"De la provocation à deux balles" selon Xavier Leherpeur

XL : J'étais vraiment un grand fan du travail de Lars von Trier à ses débuts et je le perds complètement... Là c'est de la provocation à deux balles, de la psychanalyse qui n'en vaut pas plus, c'est abject. C'est complaisant, c'est une manière de regarder le mal au travail sans aucun point de vue, avec le seul plaisir de torturer les corps et le spectateur...

Moi, ça ne me dérange pas mais il faut qu'on me raconte quelque-chose. On est dans le mental du serial killer, d'accord mais ce n'est pas d'une grande originalité. La mise en scène est d'un brouillon absolu, c'est ultra répétitif.

J'ai eu l'impression d'une visite au petit musée d'horreur qui se termine. Là ça ne dit rien sur rien et ça se termine par une espèce de clip interminable d'une demi-heure dans le neuvième cercle de l'enfer de Dante qui est d'une bêtise sans nom... C'est un espèce de "Que sais-je" sur le serial killer... mais encore une fois il n'en fait rien, à par essayer de nous écœurer et de nous faire vomir.

Matt Dillon sur le tournage de "The House That Jack Built" de Lars von Tirer (2018)
Matt Dillon sur le tournage de "The House That Jack Built" de Lars von Tirer (2018) / Concorde Filmverleih GmbH / photo by Zentropa: Christian Geisnaes

"Une bêtise consternante" pour Pierre Murat

PM : Je ne suis pas d'accord, la fin c'est encore ce qu'il y a de mieux. Il traverse les enfers, ça dure près de 40 minutes... mais au moins il y a une espèce d'esthétisme qu'on peut ne pas aimer mais au moins il se passe quelque chose.

J'ai toujours considéré Lars von Trier comme un cinéaste bête... L'idée vague, bécasse de considérer les crimes comme étant des beaux-arts... mais tout le monde l'a fait, ça fait des siècles que des écrivains, des peintres et même des cinéastes l'ont fait... C'est vraiment d'une bêtise consternante. C'est un très mauvais cinéaste qui n'a jamais réussi un film depuis Element of Crime (c'est-à-dire le premier).

Matt Dillon sur le tournage de "The House That Jack Built" de Lars von Tirer (2018)
Matt Dillon sur le tournage de "The House That Jack Built" de Lars von Tirer (2018) / Concorde Filmverleih GmbH / photo by Zentropa: Christian Geisnaes

Jean-Marc Lalanne a été bluffé par le jeu de Matt Dillon

JML : Je trouve le film plus intéressant que vous ne le dîtes, déjà il y a une dimension d'humour. C'est une farce, certes extrêmement cruelle, mais j'ai ri souvent. Il y a vraiment des moments où l'acteur Matt Dillon défile en accéléré, il y a une clownerie... Il y a un rire sardonique qui traverse le film et qui est prolongée par le numéro de Matt Dillon qui est éblouissant.

L'une des forces de Lars von Trier comme cinéaste, c'est de savoir laisser à certain de ses acteurs la possibilité de vampiriser totalement le film. C'était le cas de Björk dans Dancer in the Dark, Nicole Kidman dans Dogville... Matt Dillon est génial tout le temps, c'est un régal de l'observer. Il fait vraiment un numéro de clown inquiétant mais extraordinaire.

Le film est harassant, c'est fatiguant à regarder mais c'est intriguant et assez impressionnant par moment.

Matt Dillon sur le tournage de "The House That Jack Built" de Lars von Tirer (2018)
Matt Dillon sur le tournage de "The House That Jack Built" de Lars von Tirer (2018) / Zentropa

Charlotte Lipinska a quitté le film avant la fin

CL : Ce qu'on voit est extrêmement pénible, extrêmement difficile. Je me suis barrée au bout d'1h15, ce n'était plus possible dans la violence qu'on me montrait et dans l'ennui que cela provoquait en moi.

Je ne comprends pas ce film : ces montages parallèles où il nous raconte ses crimes plus horribles les uns que les autres (avec des femmes, des enfants...) avec cet espèce de parallèle sur le crime comme œuvre d'art, on a déjà vu ça quinze fois.

J'ai trouvé ce film d'un ennui abyssal, intolérable à regarder et extrêmement prétentieux dans ce que cela raconte, dans ce que cela véhicule...

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8 min

"The House that Jack Built" de Lars Von Trier : les critiques du Masque & la Plume

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