Le film de Bong Joon Ho, multi-récompensé aux Oscars notamment, ressort ce mercredi dans les salles françaises, mais dans une version différente, entièrement en noir et blanc. Avant lui, d’autres films ont succombé à la tentation (volontairement ou non) de changer tout ou partie de leur réalisation. On en a retenu six.

Pour sa nouvelle sortie en salles, le succès coréen “Parasite” bascule en noir et blanc
Pour sa nouvelle sortie en salles, le succès coréen “Parasite” bascule en noir et blanc

"Mad Max: Fury Road" : un désert de sable et de chrome

C’est l’histoire d’un succès si inattendu qu’il a permis au réalisateur de refaire son film. Sorti en 2015, soit 30 ans après le précédent épisode, le quatrième volet de la franchise Mad Max a non seulement cartonné au box office, (près de 380 millions de dollars de recettes dans le monde) mais raflé des prix prestigieux un peu partout, dont six Oscars. Et pourtant, il ne ressemblait pas totalement à la vision de son créateur George Miller.

Ce qu’il voulait, lui, c’était tourner l’intégralité de son film en noir et blanc. Un pari artistique que lui avait refusé le studio Warner… avant d’accéder à sa requête face au succès colossal du long-métrage. Un an après, en 2016, une version “Black & Chrome” arrive en salles, pas une simple conversion en noir et blanc mais un vrai nouveau travail de recalibrage de l’image pour obtenir une expérience totalement différente. On dit que George Miller aurait aussi voulu une version muette, mais c’était sans doute un peu trop demander.

"Lady Vengeance" : une chance sur deux de perdre ses couleurs

Auréolé du succès de "Old Boy" (Grand Prix du Jury à Cannes en 2004), Park Chan-wook sortait en 2005 un autre film sur le même thème de la revanche plus ou moins sanglante : “Lady Vengeance”. Et l’une des curiosités autour de ce film, c’est qu’il est sorti en salles en deux versions. La première est en couleurs du début à la fin, la seconde perd petit à petit ses couleurs au fur et à mesure de l’avancée du film (et de la concrétisation du projet de vengeance de l’héroïne). Jusqu'à aboutir à un final en noir et blanc total.

Un choix artistique du réalisateur qu’on peut par exemple voir comme une métaphore de la descente aux enfers du personnage principal, mère accusée à tort qui met en place un plan implacable pour faire chuter l’homme responsable de son malheur, ou de sa perte progressive d‘empathie et d’émotions pour mener sa vengeance à bien. En tout cas, le final a une saveur bien différente selon qu’on le voit en couleurs ou en noir et blanc.

"Apocalypse Now" : plus ou moins long métrage

Ce n’est pas parce qu’on a obtenu la Palme d’Or qu’on ne peut pas être un éternel insatisfait. Depuis sa consécration à Cannes en 1979, les mauvaises langues pourraient dire que Francis Ford Coppola a sans doute passé presque autant de temps à redécouper "Apocalypse Now" qu’à le tourner. Avant la diffusion à Cannes, le réalisateur avait présenté un film avec deux fins différentes. La version diffusée au Festival laissait planer une ambiguïté sur le sens du final. Puis, la version diffusée en salles levait cette ambiguïté avec une fin plus claire.

En 2001, Coppola remet une quatrième fois son ouvrage sur le métier, et propose une version plus longue de près d’une heure (3h22) ironiquement intitulée "Apocalypse Now Redux". Avant de se raviser, en 2019, avec une version ultime sous-titrée "Final Cut" : 20 minutes de moins que la précédente, 30 de plus que l’originale de 1979. Au spectateur avisé de choisir sa préférée, ou au novice de décider combien de temps il veut consacrer à la découverte de ce chef-d’œuvre.

"Blade Runner" : le film à personnalités multiples

"Petit joueur", pourrait répliquer Ridley Scott à Francis Ford Coppola. Son "Blade Runner", œuvre majeure du cinéma de science-fiction, a connu sept versions différentes, aussi bien en salles qu’en vidéo. On ne détaillera pas ici les changements (parfois subtils, parfois énormes, comme la présence ou non d’une voix off pendant tout le film) par peur de gâcher la surprise à ceux qui ne l’auraient jamais vu, mais les spectateurs au cinéma ont assisté à des séances très différentes selon les époques.

La version considérée comme "définitive" (habilement nommée "Final Cut") a été supervisée par Ridley Scott, quelque peu bridé dans les versions précédentes par les impératifs hollywoodiens, et elle est donc la plus fidèle à sa vision d’origine. C’est aussi la plus sombre, et celle qui laisse le plus d’ambiguïté dans son final.

"Metropolis" : à la recherche du film perdu

D’un certain point de vue, le film de Fritz Lang sorti en 1927 est définitivement perdu. En tout cas, la version originale sortie en 1927 et longue de 3h30 : projetée à l’époque, elle ne l’a plus jamais été depuis, la faute à la perte des bobines qui le contenaient. En 1984, une version durant 1h23 a atteint les salles du monde entier, puis une autre version d’1h58 reconstituée à partir des recherches d’un historien. En 2010, la version la plus proche de l’original, dont une copie a été miraculeusement retrouvée dans un musée du cinéma à Buenos Aires, fait revenir "Metropolis" sur les écrans. Et vous pouvez même la regarder gratuitement et légalement en ligne :

Pas de chance, elle dure un peu moins de 2h30. Une heure de l’œuvre originale reste donc (jusqu’ici) manquante. Seuls quelques spectateurs l’ayant vu à l’époque se souviennent peut-être de ce qu’elle racontait...

"Star Wars" : l’improbable ressortie sans changement

Difficile de parler de films ressortis dans des versions modifiées au cinéma sans évoquer la trilogie spatiale de George Lucas, presque un cas d’école dans son domaine. Les films de la première trilogie "Star Wars", respectivement sortis en 1977, 1980 et 1983, commençaient à accuser leur âge, selon leur créateur, n’en déplaise à la nostalgie des fans. En 1997, il décide de les ressortir en salles après un énorme travail d’améliorations visuelle et sonore. Y compris en ajoutant des scènes trop complexes à réaliser avec les moyens de l’époque, dont un dialogue entre Han Solo et Jabba, filmé à l’origine avec un acteur, remplacé en 97 par une créature en images de synthèse.

Voici la version de 1977 (coupée au montage) :

Et la version "Special Edition" de 1997 :

Le problème avec les effets spéciaux, c’est qu’ils vieillissent vite. Et en 2004, George Lucas ajoute de nouvelles modifications à ses films. Dans l’exemple de la scène avec Jabba, il fait une  "mise à jour" de la créature dans une version un peu plus "réaliste".

Évidemment, même s’ils sont menés et assumés par le créateur de l’œuvre originale, ces changements n’ont pas été vus d’un très bon œil par une partie des fans. Certains regrettant même largement les versions d’origine perdues. Ils ont eu une occasion de profiter d’un instant de nostalgie en 2016, avec la ressortie dans une vingtaine de villes américaines des films "non retouchés". Après tout, une fois diffusé, un film se définit aussi par l’empreinte qu’il a laissée sur ses spectateurs...

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