En commentaire au post de samedi dernier, un, je cite », collègue de bureau », m’interroge sur deux figures importantes de l’univers de Truffaut : le handicap et les métiers sortis tout droit de l’enfance. Je souhaite compléter comme promis ma première réponse. Fausse réponse même dans le cas de « La Chambre verte » : ce n’est pas le héros, Julien Davenne, qui est sourd-muet mais un petit garçon, Georges, à qui Davenne montre les horreurs de la guerre de 14-18. Par ailleurs, ce film est traversé par des gueules cassées en fauteuil roulant, ce dernier objet, symbole par excellence du handicap, trône au beau milieu de la fameuse chambre verte et sert de fauteuil à la statue de cire représentant la fiancée disparue de Davenne. Difficile dans ces conditions de passer à côté de ces différents dispositifs qui ont en commun le handicap et ses représentations. Depuis « L’Enfant sauvage », Truffaut ne cesse de s’intéresser au langage et à la communication.On retrouve la figure du handicapé en chaise roulante avec le père de Patrick l’un des enfants héros de « L’Argent de poche ». Ici, l’enfant devient l’adulte et ce dernier la personne dépendante. Rapport inversé qui fait de Patrick un adulte avant la lettre. Du coup, il en a déjà la gravité : en s’occupant de son père, il quitte l’enfance définitivement. Si le handicap de l’autre fait grandir trop tôt, celui dont on est victime peut vous tuer. Quand Bertrand Morane, alias « L’Homme qui aimait les femmes », est cloué sur un lit d’hôpital et que dans un geste entêté il tend la main vers les … jambes d’une infirmière, sa chute sera mortelle. Ironie du sort absolue, mais mort impeccable, en situation.Pas de « handicapé » dans « Le Dernier métro » ? A proprement parler, non. Mais qu’est d’autre Lucas Steiner enfermé dans la cave de son théâtre et le dirigeant avec la voix, les yeux et les oreilles de sa femme incarnée par Deneuve ? Un aveugle qui voit par procuration, un sourd qui écoute par le moyen d’un amplification, un muet dont la femme relaie la parole. C’est le handicap d’un homme bien portant. Mais évidemment le handicap majeur de Steiner dans ce Paris occupé et collabo, c’est sa judaïté. Soit dit en passant, le héros ultime de Truffaut, celui de « Vivement dimanche », connaît exactement la même situation d’enfermement forcé, cette fois dans la cave de son bureau et là aussi la police le recherche mais pour d’autres raisons. Mais, ici, sa voix, ses oreilles et ses yeux s’appellent Fanny Ardant. Et, vous l’aurez remarqué, qui sauve ces deux handicapés ? Une femme pardi ! Et quelles femmes : belles, décidées à aller jusqu’au bout et définitivement convaincues qu’elles doivent protéger « leur homme », coûte que coûte. Il faudrait plus longuement encore revenir sur le handicap auditif du metteur en scène de « La Nuit américaine ». Position rêvée de celui qui, devant tout diriger, le patron donc, n’entend peut-être que ce qu’il veut bien entendre. Il est par définition l’homme fort du tournage. Son handicap le fragilise en apparence. Mais c’est pour mieux diriger, mon enfant ! Truffaut, le roseau qui ne plie pas. CQFDQuant à la Madame Jouve de « La Femme d’à côté » sa claudication est au cœur de l’histoire. Elle résulte d’un accident lié à une passion amoureuse débridée et ravageuse. Elle incarne littéralement dès le départ le « Ni avec toi, ni sans toi », cette terrible maxime qui revisite tout le film à l’image du codicille d’un testament qui éclaire tout ce qui a précédé. Elle est le chœur antique d’une pure tragédie, la Cassandre débonnaire qui sait de quoi elle parle ou plutôt dont la chair meurtrie parle pour elle.Décidément, le sujet est inépuisable. Me permettez-vous de poursuivre demain cette réponse en revenant vers les curieux métiers de certains personnages masculins de Truffaut ? Oui ? Avec plaisir ? Tant mieux, le feu est au vert. A demain donc ! La phrase du jour ?« Une femme à la conquête de la ville » Indication donnée par Truffaut à son musicien Georges Delerue pour écrire la partition de « Vivement dilmanche »

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