Ici et maintenant, à droite et à gauche, en bas et en haut : Petites nouvelles tout d’abord de l’affaire « Miracle à Santa Anna » (voir post du 6 mars). Spike Lee vient d’attaquer en justice le distributeur TFM pour non-respect de contrat. Dont acte. Le cinéaste ne parle à aucun moment de « censure » dans son communiqué de presse. En faisant appel à la justice, il se place sur le terrain du droit et non de la polémique. C’est la sagesse même et elle vient du principal intéressé : un exemple à suivre.C’est demain vendredi et jusqu’au 23 mars prochain que se déroule la nouvelle édition du festival « Itinérances » d’Alès, dans le Gard. On y rend hommage à Raymond Depardon, Monte Hellman, Bruno Podalydès, Bouli Lanners et Francis Lacassin. Beau casting, non ? De plus, on pourra y voir des documentaires de Pasolini et des dessins animés suisses, entre autres. Sans oublier, itinérances obligent, une rétrospective sur le riche thème de la route au cinéma. J’aime ce festival parce qu’il me semble emblématique de ce que doit être une manifestation de ce type : cinéphile, cinéphage et grand public à la fois. « Elitaire pour tous », par conséquent, comme aurait dit Antoine Vitez. Allez Alès ! Vu « Un tir dans la tête », le nouveau film de Jaime Rosales (auteur l’an dernier de « La Soledad »). Je songe régulièrement au prix d’une place de cinéma. Je ne me force pas à la faire, moi qui vais dans les salles obscures gratuitement. J’y songe notamment quand à la fin d’une projection, je sors triste, furieux ou déçu. J’y songe en me disant que le cinéma, c’est cher parfois pour voir « ça »… C’es très honnêtement ce que je me suis dit en sortant d’une projection de « Un tir dans la tête ». Pendant plus d’une heure, le spectateur est invité à suivre au téléobjectif les faits et gestes d’un homme, le tout sans parole audible. Je ne vous dirai rien de la suite et d’un éventuel et contestable contenu politique ou artistique. Tout cela n’a fondamentalement aucun intérêt. Le « propos » du film tient dans cette installation (comme on dit dans le domaine de l’art contemporain) et cette petite pause stylistique aguicheuse. Rosales se fourvoit carrément et ne nous donne rien à voir.Magnifique photo de tournage dans le dernier numéro des « Cahiers du Cinéma » (dont la lecture est un vrai plaisir mensuel). Elle est signée Moune Jamet et vient du tournage de « Bellamy », le nouveau et succulent film de Chabrol. On y voit au premier plan Gérard Depardieu, en marche, dans l’une de ces rues nîmoises que l’on peut reconnaître au premier coup d’œil si l’on est un tant soit peu familier de « la ville avec un accent » : partant du boulevard principal et circulaire dont les arènes seraient comme le bijou d’un collier, ces rues, presque des ruelles, cheminent, avec une indolence que j’aime par dessus tout, vers les hauteurs de la ville, vers la Tour Magne par exemple… La rue en question est partagée entre ombre et soleil (ici, la corrida n’est jamais loin). Le blanc, le vif y sont de mise sur les murs. Derrière Depardieu, on ne voit pas moins de cinq jeunes femmes, comme par hasard. C’est l’homme qui aimait les femmes. Non plus Montpellier, mais Nîmes. Non plus Bertrand Morane, mais Bellamy. Non plus Truffaut, mais Chabrol. On reste en famille. C’est donc une photo qui respire. Il s’y passe beaucoup de choses, tandis que Depardieu y passe.La phrase du jour : « Et qu’irais-je chercher des rimes A ce bonheur pur comme l’airUn sourire est assez pour direLa musique de l’être humain »Louis Aragon, « Le Voyage de Hollande »

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