C'est une drogue, ce coffret. On commence à visionner les films par curiosité et voilà que le besoin de tout regarder s'impose, tant le cinéma de Jacques Demy est un puzzle que l'on assemble à sa guise. Des personnages se retrouvent ici et là, du sens court entre les films, l'oeuvre qui touche certainement chacun d'entre nous pour des raisons diverses se dévoile lentement. Elle devient limpide, cohérente et s'avère d'une intelligence profonde. Les bonus - reportages d'actualité sur chaque tournage, entretiens avec Jacques Demy à différentes époques - permettent de mieux comprendre le cinéaste. Demy aime changer de genre cinématographique tout en traitant de thèmes récurrents: le désir de changer de vie et de partir, le poids de l'absence, la relation mère-fille, l'enfance, le rêve. Loin de n'avoir signé que des films "en chantés", Demy a touché à des registres multiples. La comédie ("L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune"), le conte ("Peau d'âne" ou "le joueur de flûte", superbe métaphore de l'artiste, marginal dans la cité), le road moovie (son plus beau film n'est-il pas "Model shop", tourné en 68 à Los Angeles? Un jeune homme traine dans la ville et suit Lola, devenue modèle dans un peep show. Le lendemain, le jeune américain doit partir au Vietnam). Dans chaque film, la menace de la tragédie pèse sur les personnages mais tous veulent croire à un un bonheur possible, même s'il est fugace. Comme dans la vie, la mélancolie et la joie de vivre sont comdamnées à vivre ensemble.Dans le dvd "Trois places pour le 26", son dernier film, un portrait est consacré à Jacques Demy. Le cinéaste, si pudique, avoue ne pas aimer "Parking" parce qu'il s'est trompé dans la distribution, ni "le Bel indifférent", trop théâtral. Son film préféré? "Une chambre en ville", qu'il devait tourner avec Deneuve et Depardieu. Mais Michel Legrand a déconseillé au réalisateur de faire chanter Deneuve. Demy a suivi Legrand et s'est brouillé avec la star. Jamais revue, hélas. Des années plus tard, Dominique Sanda et Richard Berri ont donné vie au projet. Dans l'une de ses dernières interviews, sans doute déja malade du sida comme vient de le confier Agnès Varda dans "les plages d'Agnès", Demy avoue avoir peur de la débauche. Il reconnaît être puritain, à cause de son éducation. Puis il se tait, gêné. On ne saura rien de plus. Qu'aurait été son cinéma si Demy n'avait pas été puritain? Le même, sans doute. Une oeuvre immense et audacieuse, mélancolique et bouleversante.

Film
Film © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.