Bercot, la tête haute
Bercot, la tête haute © Radio France

Non, vraiment on ne s’en plaindra pas. Cette année, le film d’ouverture du Festival de Cannes est… visible à tous les sens du terme. Pourvu que l’habitude soit désormais prise de nous épargner ainsi une bio inepte et insipide de Grace de Monaco comme ce fut encore le cas l’an dernier à pareille époque. A tout prendre, on aurait alors préféré se trouver ailleurs qu’à Cannes, même à Roquebillères, non loin de là, sur les hauteurs, quand les loups y ont récemment débarqué en meute pour se faire les dents sur de malheureux ovins. Mais, non, décidément cette année l’ouverture se fait dans de belles et bonnes conditions artistiques.

En plus, le film d’Emmanuelle Bercot, « La Tête haute » dont il est ici question sort en même temps dans les salles de France, histoire de prouver qu’il y a une vie au-delà de la rue d’Antibes (l’artère principale cannoise intégralement dédiée au bling-bling).

On se réjouit de ce film sans pour autant crier au chef-d’œuvre. Et pour tout dire le film précédent de Becot, « Elle s’en va », nous avait paru plus convaincant.

Les deux films ont d’ailleurs en commun, Catherine Deneuve , reine de notre République ou présidente de notre Royaume, c’est au choix. Moins en vedette cette fois, mais cependant fascinante à chaque fois qu’elle apparaît sous les traits d’une juge pour enfants. Un détail qui attira notre œil durant la projection de ce matin : la première fois que nous découvrons ladite juge derrière son bureau, elle a bien en évidence sur son bureau une bouteille de Châteldon. Ni Badoit, ni San Pellegrino, ni Salvetat. Non, je dis bien Châteldon, soit l’eau des rois (et reines). Et c’est la preuve que nous ne sommes pas dans le bureau du juge Blanque mais bien dans celui de Catherine D. actrice française. Car, voyez-vous, l’eau pétinnalte de Châteldon, uniquement disponible en bouteille de verre ne se trouve ni dans la très grande distribution ni a fortiori dans les économats des palais de justice français qui ne brillent guère par l’étendue des moyens matériels mis à leur disposition : côté matériel informatique, on est plutôt en Albanie, alors imaginez que l’eau pétillante, c’est plutôt celle de Lidl ou Leader Price. Oui, mais voilà, Catherine D ., elle, doit aimer la Châteldon. En quoi on ne peut que lui donner raison : elle est définitivement la meilleure de ces eaux-là. Alors quoi ? Où veut-on en venir avec cette longue parenthèse ferrugineuse ? A ceci : chaque film avec Catherine D est désormais d’abord et avant tout un film sur Catherine D., une contribution nouvelle, singulière et forcément enrichissante à un édifice en forme d’arc de Triomphe. Alors oui, c’est vrai, face à elle, il y a bien un prodige d’acteur en herbe, Rod Paradot dont il convient assurément de saluer la présence magnétique et l’impeccable talent. Oui, mais, Catherine est celle que l’on voit, y compris quand elle n’est pas là. Celle dont on attend le retour à l’écran. Face à la tentation documentaire sur la justice pour les mineurs dans ce pays, le plus réussi dans le film de Bercot, c’est la fiction Deneuve. On découvre une nouvelle facette de ce pays qu’est Deneuve. Et c’est là l’essentiel. Dans quelques jours, les festivaliers verront le nouveau film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon dans le rôle principal. Même atout d’acteur, même défaut documentaire. C’est si vrai que la fin de ces deux films qu’on se gardera bien de raconter ici porte les mêmes faiblesses : à force de vouloir dire le social, on se croit peut-être investi d’une mission messianique. Combiner le pessimisme de l’intelligence avec l’optimisme de la volonté, il n’est pas de plus grand projet pour la sphère publique. Mais, côté cinéma, l’intelligence et l’optimisme se retrouve bien plus dans le regard d’une actrice souveraine : la main que tend la juge Blanque à son délinquant de « client » habituel, c’est évidemment à nous ses spectateurs bénévoles qu’elle la tend tout autant. Nous sommes alors priés de venir à sa rencontre. Passé le pont évidemment. Mais c’est alors un si beau fantôme qui nous attend, une apparition plutôt, un rêve, peut-être une nostalgie, assurément une présence bienveillante. Catherine la bienveillante. Toutes les reines ont un surnom.

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