Lucas Belvaux rassemble Gérard Dépardieu, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin pour adapter fidèlement en film le livre, Prix des libraires en 2010, que Laurent Mauvignier avait consacré à la guerre d’Algérie, sur les traumatismes qui ont hanté les appelés comme leur entourage. Voici le bilan des critiques.

Affiche du film "Des hommes" de Lucas Belvaux avec Gérard Dépardieu, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin
Affiche du film "Des hommes" de Lucas Belvaux avec Gérard Dépardieu, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin © DAVID KOSKAS - SYNECDOCHE - ARTE / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le film présenté par Jérôme Garcin

Avec Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin. Un film tiré du très beau roman de Laurent Mauvignier (éditions Minuit). 

Tout commence dans un petit village français. On est dans une salle des fêtes, on célèbre l'anniversaire de Solange (Catherine Frot). Débarque son frère Bernard, alias Feu-de-bois (Gérard Depardieu). Il n'a pas été invité, mais il s'invite. Il veut offrir un bijou à sa sœur. L'assemblée le regarde avec haine et le fout dehors. Feu-de-bois va alors cuver sa colère ailleurs, non sans avoir terrorisé la seule famille arabe du coin avant de se réfugier dans sa baraque où il se poste, un fusil à la main, devant la fenêtre. 

La guerre d'Algérie est vieille de quarante ans, mais est toujours là dans les esprits, comme chez son cousin Rabut (Jean-Pierre Darroussin). Comme tant d'autres paysans du coin, Feu-de-bois est un ancien d'Algérie. Tous sont revenus traumatisés. Le roman de Laurent Mauvignier entrelaçait les monologues intérieurs de ces hommes. Lucas Belvaux fait de même avec beaucoup de voix off, en y ajoutant des flash back. Dans ces images de la guerre d'Algérie, les rôles de Depardieu et de Darroussin sont tenus par de jeunes comédiens Yohann Zimmer et Edouard Sulpice. 

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Sophie Avon est partagée, entre de belles choses et des ratés…

"C'est difficile de parler de ce film qui est tellement douloureux et déchiré. Il fallait vraiment l'intrépidité de Lucas Belvaux pour adapter le livre de Laurent Mauvignier. Il adore ce livre, et à juste titre d'ailleurs. 

Évidemment, il y a une succession d'écueils à éviter et qu'il n'évite pas toujours, mais, entre la langue de Laurent Mauvignier, tellement précise qu'elle épouse les moindres angles morts de la souffrance entre la guerre d'Algérie elle-même, entre les allers-retours dans le temps, entre la reconstitution, il y a beaucoup de choses qui font que, finalement, ce film, on ne peut l'envisager que par bribes. Et parmi lesquelles il y a de belles choses, puis, des ratés. 

Les belles choses, ce sont les voix off, elles font entendre la langue de Laurent Mauvignier. De mon côté, j'aime plutôt tout ce qui se passe dans le Djebel, c'est une reconstitution. Il n'y a pas d'âge. La nature et les uniformes n'ont pas d'âge. il n'y a pas tous ces détails qui nous gênent dans les reconstitutions, parce que, parfois, ça stylise mal une époque. On est dans une sorte de sauvagerie intacte. Je trouve ça plutôt fort. 

En revanche, quand le village assiste à l'arrivée cet homme, Bernard, devenu un monstre tellement il a été traumatisé, il partait jeune pour découvrir, dans le même temps qu'il apprenait à tuer et à voir mourir, il apprenait à aimer. On comprend qu'il ait été traumatisé, mais on a l'impression que Lucas Belvaux veut dire tout cela tout de suite. Ce début est très laborieux et ne marche pas parce que Depardieu en fait trop, parce que tout le monde en fait un peu trop… 

Par ailleurs, il y a des belles choses mais ce sont des scènes qui sont faites pour expliquer le texte. On sent que ce sont des clés à utiliser pour pouvoir raconter son histoire, et c'est dommage. Même si tu n'as pas lu le livre, les scènes paraissent explicatives". 

Je suis partagée. Je ne dis pas que le film est raté, mais il a des ratés.

Pierre Murat a vu deux films 

"Il y a deux films. Tout ce qui se passe en Algérie, c'est vraiment très fort, non pas seulement par la reconstitution, mais par l'humanité perdue de ces gens. Puis cette façon de montrer l'horreur grandissante dans les deux camps, le renvoie constant à la responsabilité. Ce n'est peut-être pas nouveau, mais il le fait avec une telle sincérité Lucas Belvaux que, vraiment, je trouve ça splendide ! 

Et puis, les scènes avec Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Depardieu, c'est une catastrophe… Depardieu rappelle le mauvais Gabin des années 1960, quand il tournait des films comme "Le tonnerre de Dieu" de Denys de La Patellière. 

C'est prévisible, personne n'y croit, c'est de la reconstitution… C'est le cinéma de la Nouvelle Vague des années 50.

Sinon, tout le reste est très bon". 

Michel Ciment regrette une adaptation qui se veut trop fidèle au livre de Laurent Mauvignier…

"On se félicite qu'on revienne sur la guerre d'Algérie, trop absente du cinéma français par rapport au Vietnam dans le cinéma américain, qui a donné des chefs-d'œuvre sur les traumatismes des ex-appelés. 

Deuxièmement, j'ai beaucoup d'estime pour Lucas Belvaux, qui a fait de très beaux films. 

Le problème du film, c'est l'adaptation qu'il en a faite. Il y a une phrase de Gérard Depardieu au début du film : "Il n'y a pas de mots pour raconter tout ça". Or, ensuite, c'est un déluge de mots… Il est trop impressionné par ce grand livre de Laurent Mauvignier. Il n'ose pas ne pas le reconstituer, on a constamment des voix off, des ruptures temporelles, et je me suis senti noyé. 

C'est d'une trop grande fidélité au livre. Il faut avoir le courage de trahir les grands livres qu'on adapte. Il ne l'a pas fait et, malheureusement, le film est empesé… 

La première séquence, je la trouve très forte, avec Catherine Frot et Depardieu, mais le film s'enlise ensuite dans cette littéralité qui fait qu'il y a une sorte de déluge de mots qui nous asphyxient…"

Selon Nicolas Schaller, "le film n'est jamais aussi fort que ce qu'il raconte vraiment"

"La qualité du film, c'est de donner très envie de lire le livre. Ce qu'il y a de plus beau, c'est cette polyphonie de voix qui passent d'un personnage à l'autre, de l'historique à l'intime, du collectif au personnel. Avec ces phrases qui sont de plus en plus serpentines. Ça me fascine. On sent que Lucas Belvaux essaye de mêler cela à l'image, mais que le film n'est jamais aussi fort que ce qu'il raconte. La mise en scène est aussi inspirée que le propos. 

Lucas Belvaux est presque plus dans son élément dans la période contemporaine, où il y a une forme de tristesse, de lourdeur, de poids, de vivre, que Gérard Depardieu quand il ne grommelle pas, et incarne par sa seule présence. Jean-Pierre Darroussin et Catherine Frost sont quand même assez poignants. Les scènes en Algérie sont presque plus démonstratives, plus évidentes et, pour preuve, les trois minutes d'images d'archives à la fin sont tellement plus mémorables et marquantes que toutes les autres images qu'on a pu voir dans le film". 

Il y a une très belle ambition mais le film est trop inégal pour la mener à bien jusqu'au bout. Ce n'est pas un film inintéressant, loin de là

Le film

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7 min

"Des hommes" de Lucas Belvaux

Par Jérôme Garcin

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