Demain donc Des hommes et des dieux , le nouveau film de Xavier Beauvois qui a obtenu le Grand Prix du jury à Cannes cette année. « Vous êtes des dieux, des fils du Très haut. Vous tous pourtant vous mourrez comme des hommes », le verset de la Bible qui introduit le film est parfaitement explicite. Nous sommes tous des Jésus sur la Croix, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes. La sainteté ne fait rien à l’affaire. Il faudra mourir, en martyrs ou en lâches, c’est du pareil au même. Est-ce à dire qu’il faudrait minorer le courage de ces fameux moines qui, tels les prisonnières parpaillotes de rla Tour de Constance d’Aigues-Mortes firent du mot « Résistance » leur unique viatique ? Evidemment que non. Eux , ils choisirent de résister à quoi ? à la peur, leur propre peur d’abord, puis au intégristes et au gouvernement. Et Beauvois de glisser une citation de Pascal : « Les hommes ne font jamais le mal si complètement et joyeusement que lorsqu’ils le font par conviction religieuse » (ah ! cette satanée culture classique, les uns « La Princesse de Clèves », les autres Pascal, c’est agaçant, non ? Oui mais Didier Barbelivien ne dit rien sur ces sujets, alors…). Le tout sur le ton de la liberté de croire, de penser, d’agir et de vivre : « Laissez passer l’homme libre » dit d’un ton guilleret le moine joué ou plutôt déjoué par le malicieux lutin Lonsdale). Ils résistèrent jusqu’au bout où ils n’opposèrent aucune résistance. Et nous qu’aurions-nous fait ? J’entends déjà les esprits forts souligner que « nous » n’avons pas choisi d’être moines au milieu de la tourmente. Après tout, c’est vrai, le martyre, c’est typiquement le risque du métier de moine. Un risque et une grandeur. Mais un risque. Alors, ils ont choisi. Certes, on peut faire comme si la question ne se posait pas. C’est la même que celle qui consiste à savoir si on aurait pris le maquis ou si l’on aurait parlé sous la torture. Questions vaines ? voire… lmpossibles, oui. Terribles assurément. Y répondre, c’est presque regarder le soleil et la mort en face (ou pas…). Alors on peut toujours se réfugier sous le statut des moines, mais rien n’y fera vraiment et la question demeure : et nous qu’aurions-nous fait ? C’est peut-être après tout la seule question qui vaille. Partir et vivre ou rester et mourir. Pas mal hein ? C’est autre chose que les dilemmes de la télé-réalité. Avec en corollaire sans aucun doute : oui, mais partir, c’est mourir (et pas qu’un peu !), versus rester, c’est vivre malgré tout, envers et contre tout et tous. Du panache ? De la sainteté ? Peut-être ! De la folie ? Oui évidemment. Et quoi qu’il en soit de la grâce chez Beauvois qui, comme son « maître » Pialat au moment de « Sous le soleil de Satan » donne à voir et à entendre des paroles et des actes de foi de façon universelle. La grâce, parce que le sujet pouvait donner le pire des films. La grâce, parce que Beauvois trouve le ton, les couleurs, les paroles, les images, les cadrages, le montage justes (tous justes) pour parler de l’indicible. Mais, au fait, filmer, c’est aussi choisir, évidemment. Et résister. Il est donc de toute première nécessité d'aller voir le film de Xavier Beauvois.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.