Disons-le d’entrée de jeu, c’est le film que j’attendais. Celui qui me vengerait de quelques déceptions et autres incongruités de cette édition 2010, en même temps que celui qui irait plus loin encore que d’autres films aimés (ceux d’Amalric, De Oliveira, Haroun, Assayas,…). C’est un film sur neuf silhouettes en blanc et noir, comme les premières images, noires, et les dernières images, blanches. Le couloir d’un monastère pour commencer et une route de montagne pour finir. Entre ces deux plans habités par ces silhouettes, ces hommes, un film, le nouveau film de Xavier Beauvois : « DES HOMMES ET DES DIEUX ». Soit la transcription libre de l’histoire des moines de Tibhirine au plus fort de la tourmente algérienne en 1996. Chacun garde en mémoire ces hommes de foi enlevés puis massacrés sans que jamais jusqu’à présent on ne puisse nommer et repérer leurs bourreaux. Durant deux heures, nous allons vivre avec eux, ces moines incarnés à l’écran par des acteurs d’exception qu’il convient de tous citer : Michael Lonsdale, Philippe Laudenbach, Lambert Wilson, Olivier Rabourdin, Jacques Herlin, Loïc Pichon, Xavier Maly et Olivier Perrier. Prendre ce « fait divers » comme source d’inspiration pouvait s’avérer un choix dangereux. Il fallait à tout prix éviter les écueils du sensationnel aussi bien que ceux de l’imagerie pieuse. Beauvois et son co-scénariste Etienne Comar ont décidé de faire le choix d’une certaine radicalité qui les met d’entrée de jeu à hauteur même de la tragédie qu’ils racontent. Ici, la radicalité c’est dene jamais oublier que ces hommes sont d’abord et avant tout des hommes de prière qui ont décidé non pas de se couper du monde dans leur cas précis mais de se consacrer à autrui tout en s’adressant chaque jour à leur Dieu. Prier, travailler, aider, c’est cette trinité-là qui nous est montrée ici, au rythme des saisons, des crises, des fêtes, des marchés et des intrusions extérieures de l’armée d’un côté et des islamistes de l’autre.Que faire ? rester ou partir ? Fuir ou être solidaire des Algériens du village voisin ? Croire définitivement ou avoir peur et abandonner la partie ? Ces choix sont au cœur des interrogations de ces moines livrés à eux-mêmes, seuls décisionnaires de leur vie. Ils savent ce qu’ils risquent en restant, tout comme ils savent ce qu’ils perdraient en partant. Sacrifier son corps pour ne perdre la foi, c’est ce qu’ils vont choisir, comme on le sait, laissant de côté les faiblesses humaines. Ce pourrait être alors un film pesant et lourd, mais non Beauvois réussit le prodige d’alterner les travaux et les jours comme un chant à la vie malgré tout, une formidable leçon de résistance et d’humanité. Premières impressions rapides sur ce film. J’y reviendrai assurément. Et puisque tout le monde s’y met : c’est ma Palme !

vincent
vincent © Radio France

Extrait de dialogue :ChristopheJean-Pierre qu’en penses-tu ?Jean-Pierre Il faut rester… Depuis quand on obéit aux armes ?Christophe Paul ?Paul Je pense qu’il faut partir progressivementChristophe Célestin ?Célestin Je suis malade. Je veux partir.Christophe Luc ?Luc Partir c’est mourir… Je reste.Christophe Michel ? Personne ne m’attend nulle part. Je reste.Christophe Amédée ?Amédée Je ne sais pas encore. Il faut réfléchir et prier ensemble.Christophe Moi, je pense qu’il faut partir.

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