Il s’agit d’un DVD et non d’un film de l’actualité. Un DVD à paraître le 7 avril prochain chez TF1 Vidéo. Si je vous en parle maintenant, un peu à l’avance donc, c’est pour ne pas injustement l’oublier le moment venu. Ce film, inédit en DVD jusqu’à présent, c’est « Sept morts sur ordonnance » de Jacques Rouffio. Il date de 1975. C’est la France triomphante de Giscard d’Estaing et François Mitterrand est le chef de l’opposition. Tout un chacun sait reconnaître sa droite de sa gauche. On est camp contre camp. Le film de Rouffio, fruit d’une coproduction entre la France, l’Allemagne et l’Espagne, s’inscrit totalement dans ce contexte. C’est clairement un film de gauche. Je n’en jure pas mais au « Masque et la Plume », devant François-Régis Bastide, Jean-Louis Bory a du défendre « Sept morts sur ordonnance » et Georges Charensol s’en moquer. L’Humanité et Le Nouvel Obs ont dû l’encenser, Le Figaro et L’Aurore le dézinguer. Pardon pour les éventuels anachronismes ou erreurs factuelles, je joue ici volontairement au mentir-vrai à propos d’une époque bénie des Dieux (forcément, c’est ma jeunesse !).On doit le scénario du film, qui s’inspire d’une histoire vraie, au romancier Georges Conchon. L’action se situe à Clermont-Ferrand, parfait symbole d’une ville de province régie par des codes spécifiques élaborés en l’occurrence par une dynastie de médecins omnipotente et omnipuissante. Son patriarche s’appelle le professeur Brézé, alias Charles Vanel. Face à lui, à dix ans d’intervalle, et avec la même détermination, il trouve deux freluquets, deux chirurgiens le Docteur Losseray (Michel Piccoli) et le docteur Berg (Gérard Depardieu) lesquels refusent de passer sous les fourches caudines du monopole en question. L’histoire fera donc sept morts. Impossible de ne pas prendre parti. Impossible de ne pas se révolter contre le vieux mandarin qui étouffe la ville et trahit la dimension sociale de la médecine. Impossible de ne pas approuver la révolte de Piccoli et d’être solidaire de la folie de Depardieu.Oui, vous aviez bien lu : Vanel, Piccoli, Depardieu. Trois acteurs-monstres. Trois figures du cinéma français. Les deux premiers sont des stars. Le troisième est encore lui aussi un freluquet, un godelureau si vous préférez, mais il a déjà tourné avec Blier, Duras, Resnais, Bunuel, Allio, Sautet et Goretta, entre autres ! Ces trois-là sont la vieillesse, la maturité et la jeunesse de ce monde du cinéma français. Ils sont à eux seuls la mémoire de films magnifiques. Et Rouffio les réunit. Ou plutôt, il constitue deux duos : Vanel/Depardieu puis Vanel/Piccoli. Rencontres au sommet. Les jeunes frappent le vieux qui résiste. Pour toutes ces raisons, « Sept morts sur ordonnance » est un fillm sur le cinéma autant que sur son époque. J’allais oublier la musique de Philippe Sarde, évidemment. C’est à lui que l’on doit les BO des films de Sautet et de Tavernier notamment. La France des années 70 est là sous nos yeux de spectateurs. Pas de bling-bling. Que du bang-bang, mais pas celui de Sheila, non, celui du choc des idées. Ponia contre Poperen, comme dirait Didier Porte. Nostalgique ? Assurément non ! Mélancolique ? Peut-être…La phrase du jour ? « C’est fou ce qu’on peut faire quand on est totalement psychotique » Woody Allen

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