Il y a 40 ans sortait "Le Dernier Métro". Il y a quelques temps, Vincent Josse a consacré un "Grand Atelier Fantôme" à François Truffaut. Parmi ses invités, Andréa Ferréol qui a évoqué le tournage du film au 10 César et révélé quelques anecdotes peu connues.

Gérard Depardieu, Catherine Deneuve et François Truffaut
Gérard Depardieu, Catherine Deneuve et François Truffaut © AFP / Jean Pierre Fizet / Collection ChristopheL

François Truffaut est mort en 1984, encore jeune, fauché par une tumeur du cerveau à 52 ans, après avoir tourné 21 films, dans une forme d'urgence, comme s'il savait qu'il fallait faire vite.

Un metteur en scène, c'est quelqu'un à qui on pose sans arrêt des questions, des questions à propos de tout. Quelquefois il a les réponses. Mais pas toujours.

Antépenultième

Lorsqu'il démarre le tournage du Dernier Métro, au printemps 1980, François Truffaut est inquiet. Il sort de l'Amour en fuite qui est un échec et dont il n'est pas fier du tout. C'est son plus gros film en terme de budget et il a dû faire face au dernier moment à la défection d'un coproducteur allemand. Il n'est donc pas totalement serein.

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Andréa Ferréol se souvient que le réalisateur avait souhaité travailler sur le rôle avant le début du tournage. Ils se sont donc retrouvés chez elle pour une lecture :  "Il m'a expliqué ce qu'il voulait faire du film. Comment il voyait mon personnage. Sa psychologie. Il me donnait la réplique et si par hasard il y avait un mot que j'écorchais. "Ah ce mot non, il ne va pas bien dans votre bouche. Essayons avec celui là". Et on relisait la phrase avec le nouveau mot et si ça passait bien il était content. Ça a été une séance de travail absolument extraordinaire.

Ce qui me donne le courage de faire des films c'est qu'au cinéma on ne se sent pas solitaire. Quand je tourne un film et que j'ai le trac, je sens que les acteurs sont plus fragiles que moi. Je sens qu'ils sont perdus dès le premier jour de tournage et qu'il me font confiance.

Est-ce que ça le rassurait pour le film, probablement, poursuit-elle. Il est rassuré sur ses comédiens, par rapport aux personnages qu'il veut qu'on interprète. Et donc sur le plateau, il n'a plus qu'à mettre en place sa mise en scène."

Sabine Haudepin et André Ferréol
Sabine Haudepin et André Ferréol / Jean Pierre Fizet / Collection ChristopheL

Pour créer cette atmosphère si particulière qu'il souhaitait pour évoquer l'époque troublée que traverse ses personnages, Truffaut fait appel à un grand directeur de la photo : Nestor Almendros. On évolue en permanence entre ombre et lumière. Le réalisateur demande également aux comédiens d'éviter de communiquer entre eux. "Il m’avait expliqué que les gens ne parlaient pas entre eux durant l’Occupation, se souvient Maurice Risch (Le monde - 01 juin 2020) . Du coup, les comédiens ne se voyaient ni avant ni après les scènes." 

Les scènes coupées

Andréa Ferréol est Arlette, la décoratrice, un "second rôle".  Quelques jours après qu'elle ait tourné toutes ses scène, François Truffaut l’appelle. "J'ai un problème, lui dit-il. Dans les scènes qu'on a tournées vous embrassez Jean-Louis Richard (qui joue le chroniqueur théâtral Daxiat), qui est plutôt collaborateur. Alors que votre personnage est très sympathique et ça m'ennuie beaucoup de montrer que vous êtes peut-être un peu du côté des collaborateurs. Est-ce que si je coupe les scènes, ça vous ennuie ?"  

"Si c'est pour le bien du film et de mon personnage, faites-le." répond Andréa Ferréol.

Il prenait soin de ses actrices, de ses personnages et de son film, naturellement

Et bien sûr, il l'a fait. Que sont devenus ces rushes ? Dorment-ils quelque part au fond d'une armoire ? Truffaut les a-t-il détruit ? Serge Toubiana, ancien directeur de la Cinémathèque française, grand trufaldien, présent lors de l'émission, a avoué ne pas connaitre l'existence de ces scènes coupées !

Et Heinz Bennent devint Lucas Steiner

Lorsqu'elle rencontre Truffaut, Andréa Ferréol vient juste de tourner Le Tambour de Volker Schlöndorff. Sachant cela, le réalisateur lui demande si elle connait des acteurs allemands, puisqu'il cherche encore celui qui jouera le mari de Catherine Deneuve.  Elle lui donne les noms de deux de ses partenaires du Tambour : Mario Adorf et Heinz Bennent

Catherine Deneuve et Heinz Bennent
Catherine Deneuve et Heinz Bennent © AFP / Jean Pierre Fizet / Collection ChristopheL

Pour étoffer le personnage de Lucas Steiner, Truffaut contacte Jean-Claude Grumberg. Le réalisateur a en effet découvert, quelques jours avant le début du tournage, L'Atelier. La pièce de Grumberg a pour cadre un atelier de confection. Une partie des gens qui y travaille sont des survivants des camps. Truffaut demande à Grumberg de réécrire le rôle. Ce qu'il fait. Il travaillera également sur certaines scènes du personnage de Daxiat.

Les deux hommes ne se sont pas vraiment entendu et Grumberg n'aime pas le film, il l'avait dit à Truffaut. Notamment le choix du comédien qui incarne Lucas Steiner :

Avec Charles Denner à la place de Heinz Bennent, on avait un autre film, mais Truffaut m’avait expliqué qu’avec Denner, le film aurait été trop marqué.

Les César

Le dernier métro reste le plus gros succès de François Truffaut. Ce film lui vaut également la reconnaissance de ses pairs puisqu'il est toujours le film le plus récompensé par l'Académie des César. Titre qu'il partage depuis 1991 avec Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau.

10 César pour 12 nominations. Les deux oubliés sont les deux seconds rôles : André Ferréol et Heinz Bennent.

Dans la semaine qui suit la cérémonie, Truffaut réserve une page entière dans Le Film Français pour remercier ses deux acteurs qui n'ont pas eu de César.  

Classe, générosité et élégance. Tel était Truffaut

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