Dimanche soir, le monde du cinéma avait les yeux tournés vers Londres, où se déroulait la cérémonie des BAFTA, l'équivalent britannique des César ou des Oscars. Une cérémonie marquée par le triomphe du film "1917" de Sam Mendes, et par des prises de parole fortes, engagées, ou hilarantes.

Joaquin Phoenix sur la scène des BAFTA, dimanche soir
Joaquin Phoenix sur la scène des BAFTA, dimanche soir © Capture d'écran / BBC

Chaque année, la cérémonie britannique des BAFTA est, à l'instar des Golden Globes, une façon pour le monde du cinéma de prendre le pouls de ce secteur, à une semaine de la plus prestigieuse de toutes les cérémonies, les Oscars - qui se dérouleront le 10 février prochain. Dimanche, l'édition 2020 de la cérémonie qui récompense le cinéma britannique et international a récompensé sept fois le film 1917 de Sam Mendes, loin devant les autres favoris qu'étaient Joker, Once Upon a Time... in Hollywood, Parasite et The Irishman

Mais ce genre de cérémonies est aussi l'occasion pour les acteurs et actrices conviés sur scène de prendre la parole pour un bon mot, un remerciement émouvant ou, parfois, une prise de position sur l'état du monde du cinéma. L'édition 2020 n'a pas dérogé à la règle. Voici ce qu'il ne fallait pas louper ce dimanche soir de l'autre côté de la Manche.

Le triomphe de "1917"

Le film de guerre réalisé par Sam Mendes est le grand gagnant de la cérémonie : nommé 9 fois, il a été récompensé par sept trophées, dont les plus prestigieux, "Meilleur film" et "Meilleur réalisateur". Il a déclaré "ressentir un plaisir personnel" en voyant que "cette histoire proche de [sa] famille a pris de l'ampleur à ce point". Recevant le prix du meilleur film des mains de Hugh Grant, Sam Mendes en a profité pour glisser une petite pique aux services de vidéo en streaming - "Merci à ceux qui sont allés voir ce film au cinéma - oui, ça marche encore". 

À l'inverse, le grand perdant de cette cérémonie, c'est Martin Scorcese avec son film The Irishman, qui était nommé dix fois et repart bredouille.

La diversité, grande absente de la cérémonie, pointée par Joaquin Phoenix

L'autre favori de la soirée, c'était Joker : le film de Todd Philips avec Joaquin Phoenix était nommé dans 11 catégories, et ne repart qu'avec trois trophées. L'acteur principal du film a profité de son discours de remerciement pour évoquer le manque de diversité criant de cette soirée, où aucun acteur noir n'était nommé. Se disant lui-même "privilégié" par rapport aux comédiens et comédiennes de couleur, il a appelé à "faire le travail difficile pour vraiment comprendre le racisme systémique". Il a ainsi regretté :

Nous envoyons un message très clair aux personnes de couleur, à savoir que vous n'êtes pas les bienvenus ici.

La question de la présence de personnes représentant la diversité dans la soirée a été évoquée par de nombreux intervenants, y compris le maître de cérémonie Graham Norton qui en ouverture s'est ironiquement réjoui : "2019, quelle année pour le cinéma ! On s'en souviendra comme d'une année où l'homme blanc a réussi à percer". La dirigeante de l'académie BAFTA elle-même, Pippa Harris, s'est dite déçue par la sélection, ajoutant qu'aucune femme n'était nommée dans la catégorie "meilleur réalisateur". Elle a promis un "examen de grande envergure", qui se "penchera sur tout ce qui concerne le processus d'attribution des prix".

Le discours du prince William, entre gravité et humour

De par son statut, le prince William, duc de Cambridge, est le président des BAFTA. Il lui revenait donc de prononcer un discours lors de la cérémonie, où il était accompagné de son épouse Kate. Lui aussi a dénoncé le manque de diversité dans la cérémonie, et plus globalement dans le milieu du cinéma : "En 2020, on se retrouve encore à parler du besoin d'assurer plus de diversité (...). Ça ne peut pas être acceptable aujourd'hui". 

L'héritier de la Couronne ne s'est pas interdit un trait d'humour, cependant. Faisant référence à la série The Crown, il a expliqué "ne pas savoir si je dois être fier ou m'inquiéter du nombre de lauréats, ces dernières années, qui ont trahi des membres de ma propre famille". 

Brad Pitt, le Brexit... et le Megxit

Primé dans la catégorie "meilleur second rôle" pour son interprétation de Cliff Booth dans Once Upon a Time... in Hollywood, Brad Pitt n'était pas présent au Royal Albert Hall pour cette cérémonie. C'est sa partenaire à l'écran Margot Robbie qui est venue chercher le prix et prononcer le discours de remerciements à sa place. 

Un discours qui s'ouvre sur un clin d'oeil au Brexit : "Salut la Grande-Bretagne, j'ai entendu dire que tu étais célibataire... Bienvenue au club ! Et bonne chance pour les papiers du divorce", a écrit Brad Pitt dans ce discours qui se conclut sur une touche d'humour évoquant le prince Harry, qui a récemment pris ses distances avec la famille royale pour s'installer au Canada avec son épouse Meghan Markle. "Il dit qu'il va surnommer ce trophée "Harry" parce qu'il est très excité de le ramener aux États-Unis avec lui. Ce sont ses mots, pas les miens", a conclu Margot Robbie. 

Le discours complètement barré de Rebel Wilson

La comédienne Rebel Wilson (connue pour ses rôles dans Pitch Perfect, Le coup du siècle ou Isn't it romantic) a proposé l'un des discours de remettante les plus désopilants de la cérémonie. Connue pour son franc-parler, elle n'épargne ni les cadeaux en coulisses ("Désolée, je viens d'apprendre qu'on n'avait pas un gros sac de cadeaux et qu'à la place vous auriez tous un pochette-surprise... C'est drôle, c'est le surnom que je donne à mon vagin"), ni le dress code qui consistait à porter des vêtements de soirée déjà utilisés ("J'ai cousu deux robes ensemble, la rouge, c'est celle de la fois où je n'ai pas été élue Miss Australie, la noire, je viens de la porter pour les funérailles du film Cats").

Cats qui, étrangement, n'est nommé pour aucun prix.

La comédienne a tourné en dérision le film Cats dans lequel elle a joué, et qui a été un flop critique et commercial : "Aucun félin n'a été nommé ! Même dans la cat-égorie du meilleur réalisateur". Elle a achevé son discours sur une note féministe, énumérant les noms des nommés dans la catégorie du meilleur réalisateur et concluant : "Je me dis que je ne pourrais pas faire ce qu'ils ont fait. Honnêtement : j'ai pas les couilles pour ça". 

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