Au micro d'Augustin Trapenard : Reda Kateb, pour "Django" au cinéma. La musique lui a permis d’approcher son personnage et c’est de manière musicale qu’il nous lit un poème…

Reda Kateb au micro d'Augustin Trapenard sur France Inter
Reda Kateb au micro d'Augustin Trapenard sur France Inter © Radio France / Capture d'écran vidéo

Aujourd’hui, Augustin Trapenard se fait plus sérieux, plus actuel avec une introduction sur la question de l’identité et de l’être en soi. Qui sommes-nous ? Peut-on vivre sans être juger pour ce que nous sommes ?

Nous avons tendance, selon Reda Kateb, à nous « réduire » à une identité unique (groupe, religion, etc.) alors que celle-ci est mouvante. Aujourd’hui, on ne peut être qu’une chose, qu’une étiquette, sans changement de place possible. Il y a trente ans pourtant, on pouvait se déplacer de case en case. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Il faut rester mystérieux à soi-même pour continuer d’évoluer.

Reda Kateb voit des contre-signaux comme il les appelle, tous les jours dans la rue. Des gens qui s’aident, se parlent, s’aiment malgré le climat de haine. Ces contre-signaux font face à ces signaux de détresse et d’angoisse que l’on peut voit actuellement, alors que la campagne présidentielle fait littéralement rage…

Les gens ont une plus grande capacité de vivre ensemble que celle qu’on peut leur donner.

La question de l’identité semble se résumer pour Reda Kateb à cette Marseillaise reprise par Django Reinhardt avec des sons manouches, mais venant également d’Inde, du Rajasthan, de la musette, de la France. C’est « la France que j’aime », une France métissée.

Mais l’être au monde n’a-t-il pas besoin de la musique pour être avec les autres ? Reda Kateb a approché le personnage de Django par la musique. Il a rencontré « son » Django.

La carte blanche de Reda Kateb : Passe par les villages

Reda Kateb nous lit ce poème comme s’il nous conseillait doucement au creux de l’oreille, comme s’il était juste derrière nous, comme si nous marchions vers un village et que nous en avions peur… Écoutez ce récital littéraire fait de notes hautes et de notes basses. Merci, Reda Kateb.

"Joue le jeu.
Menace le travail encore plus.
Ne sois pas le personnage principal.
Cherche la confrontation.
Mais n’aie pas d’intention.
Évite les arrière-pensées.
Ne tais rien.
Sois doux et fort.
Sois malin, interviens et méprise la victoire.
N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant.
Sois ébranlable.
Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond,
prends soin de l’espace
et considère chacun dans son image.
Ne décide qu’enthousiasmé.
Échoue avec tranquillité.
Surtout aie du temps et fais des détours.
Laisse-toi distraire.
Mets-toi pour ainsi dire en congé.
Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau.
Entre où tu as envie d'entrer et accorde-toi le soleil.
Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus,
penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne,
fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur,
apaise le conflit de ton rire.
Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit,
et que le bruit des feuilles devienne doux.
Passe par les villages, je te suis."

Ce poème vient de la pièce de théâtre Par les villages créée en 1981. Par les villages est un « poème dramatique », dit Peter Handke. La pièce traite des retrouvailles de frères et sœurs autour de la maison familiale située dans un village. Certains sont partis en ville, d’autres sont restés dans ce village. « Trajectoires et conditions sociales opposées, désirs d’émancipation ou de retour aux sources, tels sont les ressorts de la pièce. ».

Pour Stanislas Nordey, « cette pièce porte « une parole de protestation, un cri », et constitue un « manifeste pour les humiliés et les offensés » ».

Par les villages a fait l’objet de plusieurs adaptations comme celle de 1982 par Wim Wenders et un an plus tard par Claude Régy au Théâtre national de Chaillot. Elle a également été présentée au Festival d’Avignon en 2013, par Stanislas Nordey, dans la Cour d’honneur du Palais des papes.

En 1983, dans Plaisirs du théâtre sur Antenne 2, Claude Régy, dans cette archive, évoque la question du langage et de la parole dans les pièces écrites par Peter Handke. Il s’agit d’avoir un langage nouveau, après le langage totalitaire connu par le monde pendant la Seconde Guerre Mondiale.

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