"Dogman" est le nouveau film de Matteo Garrone, le réalisateur de "Gomorra". En compétition à Cannes, le film a valu à l’étonnant Marcello Fonte, un Calabrais de 39 ans jusqu’alors inconnu au bataillon, le Prix d’Interprétation Masculine. Retrouvez ici l'essentiel des critiques du "Masque & la Plume" sur le film.

"Dogman" de Matteo Garrone est sur les écrans français depuis le 11 juillet 2018
"Dogman" de Matteo Garrone est sur les écrans français depuis le 11 juillet 2018 © © Le Pacte

Le film résumé par Jérôme Garcin

Dans ce film du réalisateur de Gomorra, inspiré d’un fait divers survenu en 1988, cet ancien squatteur d’un cinéma désaffecté au physique moitié-Buster Keaton moitié-Luis Rego, incarne Marcello. Toiletteur pour chiens, shampouineur de pitbulls, papouilleur de molosses (un d’entre eux manque le bouffer), Marcello, alias Marcé, est tout ce qu’il y a de gentil. 

Seulement voilà, cet homme divorcé et père d’une fille qu’il adore, va être harcelé par un voisin délinquant, une brute épaisse au crâne rasé et qui plus est accro à la coke (Edouardo Pesce) dont on comprend vite qu’il va l’entraîner dans les plus mauvais coups

L'avis critique de Sophie Avon : "pas très fan"

Matteo Garrone a une peinture sociale assez fine. J'aime bien ce no man's land où on ne voit jamais la mer sauf à la fin... Il a une façon de planter le décor et ses personnages… c'est mystérieux, c'est intéressant. 

Matteo Garrone a transformé énormément le fait-divers [dont est inspiré le film], qui est en réalité beaucoup plus sordide, monstrueux et cruel. Mais on a l'impression qu'il a, d'une certain manière, escamoté quelque chose dans la vérité son film.

Marcello Fonte est très bien, il mérite son prix, mais son personnage a quelque chose qui ne fonctionne pas. On sent que Matteo Garrone a le cul entre deux chaises, qu'il ne sait pas très bien comment garder ce personnage gentil jusqu'au bout, et du coup ça ne décolle pas : il reste dans une fable humaniste gentille. C'est un peu dommage.

Sophie Avon : "Marcello Fonte est très bien, il mérite son prix"
Sophie Avon : "Marcello Fonte est très bien, il mérite son prix" / © Greta De Lazzaris

L'avis d'Eric Neuhoff : "je n'ai jamais vu ça"

C'est un film très beau, avec cet acteur prodigieux - il a cent fois mérité son prix, il est incroyable : dès qu'il apparaît sur l'écran, il y a une gentillesse, une bonté qui irradient de lui, je n'ai jamais vu ça

C'est comme si un petit bonhomme de Sempé se transformait en personnage de Scorsese. 

On est content de retrouver Garrone en forme comme dans Gomorra, parce qu'il nous avait fait subir Tales of Tales et Reality qui étaient gratinés.

Je ne sais pas si c'est un fait divers, parce qu'un fait divers c'est trois lignes dans un journal, là c'est deux heures sur un écran, et, pour moi, des années dans la mémoire.

L'avis de Jean-Marc Lalanne : "totalement toc"

C'est vraiment du faux cinéma, de faux beaux plans, un faux grand film et un faux grand cinéaste.

Il vient vraiment du cinéma du milieu - il y a un côté Comencini de Sica - mais ce cinéma qui était tellement vivant, il en fait quelque chose de totalement congelé, qui pourrait raconter un point de vue crépusculaire sur l'Italie mais qui est juste extrêmement pompeux. Ces espèces de plans monumentaux avec des filtres Instagram partout, je trouve ça affreux. C'est une idée pompière de ce qu'est un plan aujourd'hui. 

Et sa vision de l'humanité, cette manière qu'il a de jouir en sourdine, tout en faisant l'humaniste, du spectacle de la domination, de choses une peu crapuleuses comme la vengeance, et de regarder ça de manière ricanante... Il y a toujours quelque chose chez lui que j'ai trouvé hypocrite et désagréable.

Jean-Marc Lalanne : "Ces espèces de plans monumentaux avec des filtres Instagram partout, je trouve ça affreux !"
Jean-Marc Lalanne : "Ces espèces de plans monumentaux avec des filtres Instagram partout, je trouve ça affreux !" / © Le Pacte

L'avis de Xavier Leherpeur : des décors qui ont "de la gueule"

... Tout ça pour nous dire que "L'homme est un animal pour l'homme"... on n'a pas beaucoup avancé. Et à la fin, le spectacle de la vengeance qui emporte le spectateur dans une espèce de catharsis : non, je ne suis pas d'accord.

En revanche, sur le décor, je trouve qu'il a la capacité à filmer ce bloc de nuit. Il y a un côté baleine échouée, la fin du rêve social italien. Il a une manière de le filmer, de l'éclairer, qui a de la gueule. C'est peut être totalement artificiel, mais sur ce décor, ce béton armé désolé et posé à même le sol, dont on ne sait pas s'il est déjà détruit ou s'il n'a jamais été construit : il y a quelque chose qui raconte vraiment une Italie d'aujourd'hui, un réel social en berne. En plus, avec l'extrême-droite qui vient d'arriver au pouvoir, ça prend un peu plus de forme. Mais c'est vrai que ce n'est quand même pas un grand cinéaste. 

Ecoutez

Ecoutez l'ensemble des critiques échangées sur le film autour de Jérôme Garcin sur le plateau du Masque et la Plume :

6 min

"Dogman" de Matteo Garrone : les critiques du Masque et la Plume

Aller plus loin

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

Eric Neuhoff : "Dès que Marcello Fonte apparaît sur l'écran, il y a une gentillesse, une bonté qui irradient de lui… Je n'ai jamais vu ça"
Eric Neuhoff : "Dès que Marcello Fonte apparaît sur l'écran, il y a une gentillesse, une bonté qui irradient de lui… Je n'ai jamais vu ça" / © Le Pacte
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