Gus Van Sant, qui fut palmé d’or à Cannes pour "Elephant" propose ce mois-ci "Don't Worry, He Won't Get Far On Foot". Joaquin Phoenix y interprète John Callahan, un dessinateur satirique et alcoolique devenu tétraplégique à 21 ans, au début des années 1970.

Joaquin Phoenix et Jonah Hill dans "Don't Worry, He Won't Get Far On Foot" de Gus Van Sant. Le film est sur les écrans depuis le 4 avril 2018
Joaquin Phoenix et Jonah Hill dans "Don't Worry, He Won't Get Far On Foot" de Gus Van Sant. Le film est sur les écrans depuis le 4 avril 2018 © Iconoclast

Joaquin Phoenix incarne, dans le film de Gus Van Sant, John Callahan, un dessinateur satirique et alcoolique devenu tétraplégique à 21 ans, au début des années 70, après un accident de voiture et pour qui le dessin, mais aussi les réunions d’Alcooliques Anonymes, vont tenir lieu de thérapie provisoire – puisqu’il mourra à 59 ans. 

On pourra voir dans ce film rédempteur des passages christiques qui  rapprochent Joaquin Phoenix, bras en croix, du Jésus de Marie Madeleine, le film de Garth Davis.

Pierre Murat : "c'est un film d'1h50 qui paraît très très long..."

Gus Van Sant avait connu un accident industriel à Cannes il y a quelques années avec un titre qui avait changé trois fois : Nos Souvenirs, qui était une catastrophe absolue. Avec Don't Worry, He Won't Get Far On Foot, on dirait qu'il est en convalescence : il n'est pas très bon encore.

Le personnage principal n'est pas tellement John Callahan, c'est le psy/gourou : Jonah Hill, qui est très bien ! 

Tout cela devient une bouillie pour les chats, philosophique, new-age, sans aucun intérêt. 

Pierre Murat : "Tout cela est quand même extrêmement bête"
Pierre Murat : "Tout cela est quand même extrêmement bête" / Iconoclast

Danièle Heymann : "J'ai été prise de nostalgie..."

J'ai été prise d'une nostalgie des films précédents de Gus Van Sant (Will Hunting, Elephant...) et une nostalgie encore plus grande de Joaquin Phoenix, du Joaquin Phoenix de The Yards, de Two Lovers, de cette grâce absolue qu'était cet acteur et qui maintenant, entre Jésus et le tétraplégique, collectionne les rôles à Oscar.

Nicolas Schaller : "Gus Van Sant ne sait pas trop où il est (et nous non plus)"

Ce film illustre bien la schizophrénie de Gus Van Sant aujourd'hui : le réalisateur a commencé dans un cinéma de la contre-culture assez avant-gardiste et a réussi à s'adapter ensuite à des projets beaucoup plus classiques (Will Hunting, The Promised Land). Il amenait sa patte mais en même temps arrivait à se fondre dans un cinéma plus balisé : c'étaient de bons films parce qu'il arrivait à mélanger les deux. Là, il est dans une impasse où il essaie, dans un même film, de passer de l'un à l'autre. 

C'est dommage parce que le personnage de Callahan est vraiment une figure intéressante de la contre culture de Portland, Oregon. Quand on sait que c'est un projet qui a une vingtaine d'année, que c'était Robin Williams qui avait sensibilisé Gus Van Sant au parcours de ce dessinateur, que c'était lui qui devait le jouer… bon...  J'ai l'impression que c'est un projet qu'il avait dans les cartons depuis longtemps, qu'il a sorti pour essayer de se remettre en selle, et qu'il n'y est pas vraiment arrivé. 

Xavier Leherpeur : "Le gros problème c'est Joaquin Phoenix !"

Le gros problème c'est Joaquin Phoenix ! Ce n'est plus l'Actor Studio, c'est l'acteur studieux… Il raconte partout qu'il a surligné des passages de la biographie de Callahan (oh comme c'est trop mignon) Il a écouté des entretiens que Gus Van Sant avait fait (oh bah c'est très très bien) Mais il est dans le mimétisme, ça n'a aucun intérêt. 

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8'09

"Don’t Worry" de Gus Van Sant : les critiques du Masque et la Plume

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