C’est en 2005 qu’Isabelle Mergault a réalisé son premier film : Je vous trouve très beau . Elle a récidivé en 2007 avec Enfin veuve . Jamais deux sans trois, Donnant donnant sort le 6 octobre en salles. C’est définitivement un navet (jamais deux sans trois, bis). Un scénario qui tient sur un timbre poste. Des dialogues pauvres. Une mise en scène inexistante et revendiquée comme telle dans le dossier de presse. Ah ! le dossier de presse. C’est en fait de lui dont j’ai envie de vous toucher deux mots. Parce qu’il est carabiné ce dossier de presse ! On y trouve quelques perles involontaires sous la plume de la réalisatrice. Par exemple : « Pour faire rire, je préfère partir d’une base a priori pas très drôle. Le rire devient plus subtil. C’est ma patte. » Isabelle Mergault fait du Molière sans le savoir, le génie et le talent et l’humour et le comique et la subtilité en moins, mais Molière lui aussi partait, par exemple, de l'histoire pas très drôle d’un dévot qui cannibalise un pauvre type crédule. C’était sa patte à lui... Plus loin, Isabelle nous dit : « Je ne me sens pas réalisatrice car je ne raisonne pas par l’image. » C’est la stricte vérité quand on regarde son film, mais c’est un peu embêtant de faire du cinéma à ce point sans image, non ?... Seulement voilà, le cinéma même sans image, ça rapporte bien à Isabelle (plus de 3,5 millions d’entrées pour son premier film). Alors pourquoi s'en priver si le cinéma sans image, ça rapporte autant ?! Elle dit également : « Comme je suis quelqu’un d’assez simple, mes goûts plaisent aussi à la plupart des gens. ». La simplicité pour la masse, la complexité pour l’élite : on voit bien de quel côté pèse ce genre de raccourci intellectuel. Le problème, c’est qu’Isabelle confond manifestement simplicité et simplisme. Et puis en quoi l'éventuel mauvais goût généralisé devrait-il servir d'alibi à des auteurs que rien n'empêche a priori, sauf leur paresse et leur petitesse, de se triturer les méninges pour écrire des comédies dignes et drôles comme celle de Lubitsch ou de Rappeneau ? il y a bien plus triste encore dans ce Donnant donnant : au milieu s’y trouve en effet un acteur, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de Daniel Auteuil. Un jour, il a déclaré que désormais il travaillerait pour construire une piscine dans sa maison corse. Louable pojet immobilier tout empreint assurément de cette belle simplicité qu’affectionne sa réalisatrice du moment. Depuis le temps qu’il a dit ça et au regard de sa filmographie récente, on souhaite à l’acteur un triple bassin olympique, une fosse à plongeon et autres raffinements aquatiques. Il fut un temps, aboli et lointain, où quand il tournait des comédies, c’était pour Pierre Salvadori et son succulent « Après vous » ou dans un registre plus noir pour Pascal Bonitzer dans le trop méconnu « Petites coupures ». Et la même année ou presque, il jouait sous la direction de Michael Haneke ( Caché ), Benoit Jacquot ( Sade ) et Téchiné ( Les Voleurs , Ma saison préférée , soit deux chefs d’œuvre).Il fut même un temps où Daniel Auteuil pouvait incarner à lui tout seul la palette très complexe de l’univers de Claude Sautet dans deux film complémentaires et magnifiques : Quelques jours avec moi avant Un cœur en hiver . Ce que l’on voit de lui chez Isabelle Mergault ne fait écho à aucun de ces films-là. Juste peut-être un affligeant retour à la case départ quand un certain Auteuil Daniel alors en début de carrière figurait au générique de productions alimentaires des "Sous doués en vacances" et autres "Pour cent briques t'as plus rien". Avec sa « patte subtile », sa « simplicité » et son absence d’images de cinéma, la réalisatrice réussit donc la performance de reléguer un acteur au rang d’ectoplasme, parce qu'il l'a bien voulu. C’est cela le donnant donnant, ou plutôt en l’occurrence le perdant-perdant.

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