Julien et Marguerite de Ravalet, fils et fille du seigneur de Tourlaville, s'aiment d'un amour tendre depuis leur enfance. Mais, en grandissant, leur tendresse se mue en passion dévorante. Leur aventure scandalise la société qui les pourchasse. Incapables de résister à leurs sentiments, ils doivent fuir.

Marguerite et julien
Marguerite et julien © Radio France

Il fallait pourtant du culot pour aller tirer de l'oubli un scénario que Jean Gruault avait écrit en son temps pour François Truffaut (on peut en savourer la lecture grâce aux éditions Capricci qui, il y a deux ans l'ont publié avec quelques (mais trop rares, hélas) mentions et réactions manuscrites de Truffaut lui-même. Le projet n'avait pas abouti, l'histoire officielle voulant que Truffaut trouvait finalement le sujet trop "à la mode"... On doute un peu à vrai dire de cette version. C'est au fond un sujet pour Demy beaucup plus que pour Truffaut. Et là où ce dernier souhaitait garder son côté historique à cette histoire vraie (qui s'est déroulée au XVIè siècle), Donzelli, sabre au clair, modernise et "anachronise" à tout va. Des temporalités et des vocabulaires d'époques différentes se mêlent sans arrêt et deux récits aiu moins s'e"ntrecroisent artificiellement, l'idée (pataude...) étant que l'inceste a été, est et sera le tabou par excellence dans nos sociétés. Certes, mais Demy, lui, y croyait suffisamment pour effectivement faire de son "Peau d'Ane", par exemple un vaste fourre-tout médiéval d'abord et anachronique par intermittence. Donzelli lui pique même l'idée de l'hélicoptère lequel chez elle devient aussi lourd et tragique qu'il était ironique et léger chez Demy. De légéreté chez Donzelli, jamais. De la pesanteur, oui. Et qui hélas fait parfois naître des rires à l'écoute de tel dialogue ridicule entre le frère et la sœur incestueux. Car on convoque beaucoup dans ce film et pas seulement Demy, puisque telle scène nocturne de fuite vire hélas à "La Nuit du chasseur", référence visuelle rebattue et par conséquent invisible au sens propre. Que sauver de ce désastre dont on nous dit qu'il est à Cannes alors qu'il devrait encore être sur la table de montage ?... Si c'est vrai, c'est terrible pour le film évidemment.

Anaïs Demoustier, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm
Anaïs Demoustier, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm ©

Que sauver donc ? Le jeu d'Anaïs Demoustier et celui de Catherine Mouchet, mais certainement pas les apparitions cardinalices et fantômatiques de Samy Frey, sans parler du jeu atone de Jérémie Elkaïm, par ailleurs co-adaptateur du scénario... Décidément, rien n'est vraiment maîtrisé dans ce projet dont Donzelli veut à tout prix nous persuader qu'elle l'a choisi pour s'extirper des récits trop personnels. On se permet de sourire devant une telle naïveté : le couple décit ici est le même que les autres couples perécédents décrits par Donzelli et Elkaïm : fusionnel, passionné, outré, soudé jusqu'à la mort ou presque, etc. C'est en cela d'ailleurs, mais en cela seulement que le film est truffaldien en diable : souvenez-vous dans "Domicile conjugal", Doinel disait à sa jeune épouse qu'elle était à la fois sa mère, sa sœur, sa copine, entre autres, tout en lui caressant la joue d'un geste tendre. Donzelli poursuit donc toujours le même chemin, au risque d'être incapable de se renouveler y compris pour raconter la même histoire, ou presque. On assiste impuissant à ce beau désastre en se disant que parfois Cannes va à l'encontre ce que pourquoi il est fait et rayonne à travers le monde entier : offrir aux œuvres l'écrin qui leur convient au bon moment de leur vie naissante. Ici, au lieu d'un long baiser dans le cou amoureux, c'est le baiser qui tue et qui renvoie le film à son échec..

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