Auréolé du Prix du scénario au Festival de Cannes 2021, le chef d'œuvre du japonais Ryusuke Hamaguchi d'après une nouvelle de Murakami a emballé les critiques de cinéma. Ils ont eu un immense coup de cœur pour ce film de trois heures, qui "passent comme un souffle".

Photo du film "Drive my car" de Ryusuke Hamaguchi  d'après une nouvelle d'Haruki Murakami avec Hidetoshi Nishijima , Toko Miura...
Photo du film "Drive my car" de Ryusuke Hamaguchi d'après une nouvelle d'Haruki Murakami avec Hidetoshi Nishijima , Toko Miura... © C et I Entertainment, Culture Entertainment, Diaphana production, Bitters end

La présentation de "Drive my car" par Jérôme Garcin

"C'est l'histoire de Yusuke Kafuku, acteur et metteur en scène, qui vient de perdre sa femme. Il se rend à Hiroshima pour monter Oncle Vania de Tchekhov pour un festival de théâtre. Une jeune femme est chargée de l'emmener au volant de sa voiture à lui, une vieille Saab rouge écarlate. Et ce qu'il va se dire entre eux, dans cette ville martyre est d'une délicatesse bouleversante, à tel point que je l'ai revu depuis ma première vision au moment du festival de Cannes et je n'ai même pas envie de raconter ce qu'ils se disent, et ce qu'ils se révèlent, tellement c'est beau,  alors que le film dure trois heures !" 

Eric Neuhoff : "Un vrai miracle" 

"Je l'ai également revu. Je suis d'accord : c'est un film d'une richesse, d'une délicatesse, d'une légèreté… Il y a dans Drive My Car quelque chose d'aérien, de profond : c'est un vrai miracle. 

Là, on se dit que le cinéma fait par de véritables artistes est essentiel et ne ressemble à aucun autre art. 

En adaptant une nouvelle de Murakami, Ryusuke Hamaguchi arrive à nous raconter la vie et les sentiments de cet homme de théâtre qui a perdu sa femme, et la rencontre avec cette fille qui conduit sa voiture, une Saab Turbo, qu'il n'a pas le droit de la conduire. Tous ces silences, ces non-dits qui les entourent sont d'une incroyable richesse.  

Les répétitions d'Oncle Vania que le personnage principal dirige avec des acteurs ne parlant pas la même langue que lui et avec une actrice muette qui joue en langage des signes… sont exceptionnelles.

Tout est prodigieux, même la fin.

Et la fin d'Oncle Vania, avec tout ce qu'elle dit, le fameux : "Nous nous reposerons", qui ponctue l'action de ce qui arrive aux deux héros. C'est vraiment un film d'une magie incroyable

Drive My Car vous faire croire qu'aller dans une déchetterie et voir les ordures s'envoler, est comme de la neige. La scène tout en suggestion du retour dans le lieu de sa maison d'enfance emportée par un glissement de terrain est bouleversante. C'est vraiment le contraire de tous les films à tam-tam qu'on voit,  c'est une véritable œuvre d'art.  

Ce film aurait dû avoir la Palme d'or et les trois heures passent vraiment comme un souffle. La fin est prodigieuse, d'une intelligence et d'un art de cinéma inouïs." 

Pierre Murat : " Une Palme d'or idéale" 

"C'était une palme d'or idéale parce que vraiment magnifique. 

La façon dont est construit le film me plait beaucoup. Je sais qu'il a eu le prix du scénario. Pendant les quarante premières minutes, il accumule les faits : la première d'En attendant Godot, un adultère, un accident possible… Et le générique, très curieusement, vient au bout de ces 40 minutes, comme si tous les faits s'étaient accumulés dans un temps relativement court. Le reste du film va être cette espèce de naissance, de recherche et de découverte de soi. 

Drive My Car est spiritualiste, au sens noble du terme. La vérité des autres va se faire peu à peu au cours du temps qui s'étire, mais qui ne paraît jamais long, ni lent.  

Les trois personnages, le metteur en scène, celle qui conduit sa voiture, mais aussi l'acteur qui a un rôle très important, vont trouver leur vérité à travers le texte de Tchekhov. 

C'est aussi un hommage magnifique à la pièce Oncle Vania. On voit particulièrement que ce théâtre du dramaturge russe a un écho avec nos préoccupations d'aujourd'hui. Et la fin de la pièce, est d'une émotion absolument formidable."

Ava Cahen : "Le film parfait" 

"J'ai déjà dit mon enthousiasme au moment du Festival de Cannes, mais je peux à nouveau clamer mon admiration et dire aux gens d'aller voir ce film.  

Allez-y, foncez  ! C'est un film dont on sort bouleversé, et grandi. C'est vraiment magnifique.

Si la définition du film parfait existe, c'est pour Drive My Car.  

Les tissus humains m'ont beaucoup plu. Ces personnages qui sont à la fois très volubiles et très secrets, en même temps en mouvement et complètement pétrifiés. Il n'y a pas que la parole, il y a aussi les silences… La façon dont les deux personnages se connectent l'un à l'autre dans l'habitacle de cette vieille voiture. J'ai admiré comment ils finissent par se livrer. C'est très, très beau.  

Le titre du film : "drive my car", "conduis ma voiture", veut dire "mets-toi à ma place", "apprends à parler ma langue". C'est un film absolument magnifique sur le lien, l'altérité, l'amour, sur ce que l'on peut partager avec un étranger ou avec une étrangère. Cet homme et cette femme qui ne se connaissent pas, dont les routes ne devaient pas se croiser : j'ai été très sensible à cet aspect-là.  

La mise en scène est absolument virtuose. C'est un geste d'une fluidité remarquable. Ces scènes de voiture, ce circuit extérieur, évoque parfois le cinéma de Kiarostami. Il y a plein d'audaces comme ce générique qui arrive au bout de 40 minutes. Il faut y aller, c'est un film bouleversant et magnifique."  

Xavier Leherpeur :  "Une mise en scène sublime"

"Je n'ai rien à ajouter sauf sur la mise en scène : ce Prix du scénario à Cannes est totalement mérité, mais je ne voudrais pas qu'il efface la beauté de la réalisation, de l'image, et de la mise en scène absolument sublimes. Le réalisateur travaille à la perfection la passation entre les espaces : le huis clos de la voiture, les espaces de rue et celui du théâtre.  

Il y dans ce film une logique implacable. On ne pourrait pas échanger deux plans l'un avec l'autre. Cela donne ce mouvement extrêmement fluide, qui emporte le spectateur. Donc les trois heures, on s'en fiche, on est pris. C'est un film qui ne nous prend jamais de haut. Et au moment où on se dit : "Oh là, on va tomber dans le mélo", on découvre une petite perversité au personnage principal qui n'est pas désagréable." 

ECOUTER | Le Masque et la plume sur Drive my car 

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