Il a la carte. Quentin Tarantino a la carte. Il a même le modèle en or. Chouchou absolu du public et des médias. On le trouve drôle, tellement américain mais tellement francophile, si exotique. C’est le cinéaste-copain-pote par excellence ou bien encore le grand frère qui vous prend par la main et vous paye un immense pot de pop-corn avant de vous payer un ticket pour s’enflammer devant un film de Russ Meyer… Parce que, chacun le sait désormais, le grand rêve de Quentin serait de posséder une salle de cinéma dont il assumerait la programmation quotidienne, forcément déjantée, forcément décalée, forcément brillante. Ce à quoi l’on a toujours eu envie de lui dire : mais pourquoi ne pas le faire, Monsieur Tarantino ? C’est curieux à la longue, ce vrai-faux rêve répété de médias en médias, comme le refrain un peu usé d’une chanson qui finit par lasser. La position du cinéaste cinéphile (ou du cinéphile cinéaste…) finit par parasiter l’œuvre elle-même. Un film de Tarantino, c’est comme un immense collage dont il faudrait en permanence décrypter les emprunts, citations, hommages et autres références cinéphiles et musicales (à noter que la littérature (hors comics…), la peinture, la sculpture, l’architecture, bref toutes ces vieilles lunes d’avant la vidéosphère ne font pas partie du corpus tarantinesque. C’est alors un cinéma d’enfant, de grand enfant certes dont le meilleur film serait à ce jour « Jackie Brown » parce que le plus autonome par rapport au fatras citationnel. Que les choses soient claires, je suis capable de savourer comme tout le monde le brio de Tarantino. Mais, au film des films, j’ai de plus en plus de mal à savourer un plaisir à partir d’un objet que je sens fabriqué, codé et référencé de partout. Le paradoxe est là : à force de revendiquer l’amusement permanent, le second degré érigé en principe absolu, le cinéma de Tarantino est menacé d’une petite mort interne, d’un embaumement prématuré, d’une muséification à son corps défendant. On aimerait voir autre chose désormais qu’un défilé de choses déjà vues ailleurs même si le montage en est incontestablement brillant. Le cinéma art de récup, oui, mille fois oui. Mais alors, il faut que le « glaneur », le « colleur », le « ressemeleur » cherche à tirer son parti de l’assemblage, à chanter malgré tout dans son propre chant. Quitte à faire hurler les fans de Tarantino, j’ose penser que le cinéaste a besoin d’un grand bol d’air frais. Il lui faut ouvrir très grandes les fenêtres de sa cinémathèque autant virtuelle qu’idéale. Et ce n’est pas son nouveau film « Inglorious Basterds » en salle mercredi prochain qui infirmera la nécessité de ce chambardement. Mais je reviendrai vous en parler !Ah ! ça ira !La phrase du moment : « Tous les hommes désirent naturellement savoir. »Aristote, « La Métaphysique »

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