Petits mélanges amoureux du dimanche soir :- On me dit que je n’ai pas assez parlé de la sortie en salles du film américain réalisé en 1953 par Morris Engel, Ruth Orkin et Ray Ashley. On a bien raison ! C’est pour mon confrère Alain Bergala, « le chaînon manquant de l’histoire du cinéma moderne, chaînon fondateur aux Etats-Unis ». Il rappelle également que Truffaut avait l’habitude de dire que sans ce film, il n’y aurait eu ni « Les 400 coups », ni « A bout de souffle ». Et de fait, ce que ce film de 80 minutes introduit au cinéma, ce n’est rien d’autre que le concept de liberté grande : liberté de filmer au naturel, avec une caméra légère, sans retenue. Avec une « histoire » en second plan (spéciale dédicace à FB…) qui ne prend jamais le pas sur les émotions, les gestes, les moments et l’expression du temps. Oui, la temporalité est au cœur de ce cinéma-là. Parce que cette question recouvre celle du cinéma comme l’expression du spectacle en mouvement. Prendre son temps, prendre le temps, prendre du temps, peut-être même le voler comme le héros du film. Le prendre aux autres, avec ou sans eux, mais le prendre, autrement dit exister. Tel est le temps de ce « petit fugitif », tel devrait être le temps du cinéma. Il faut aller voir « Le Petit fugitif » et surtout surtout surtout le montrer à de jeunes spectateurs gavés d’Harry et de vampires adolescents. L’exercice sera profitable.- Les spectateurs ne se précipitent pas pour aller voir « Bellamy » le film de Claude Chabrol avec Depardieu, Busnel, Cornillac et Gamblin (je les cite tous car ce « pack-là » est ni plus ni moins que formidable). Je sais, on ne décrète pas l’envie du public. Mais, j’enrage littéralement de voir que le film ne rencontre pas assez de spectateurs. C’est pourtant du grand Chabrol et du grand Simenon. Même si ce "Bellamy" n’est pas adapté de l’un de des romans du père de Maigret, Chabrol revendique à juste titre cette vraie-fausse paternité. Il existe comme ça dans l’histoire du cinéma des adaptations « virtuelles ». Comment ne pas penser par exemple que « Mort à Venise » est une formidable adaptation réussie de l’univers de Proust, la seule satisfaisante à ce jour avec « Le temps retrouvé » du tandem Gilles Taurand-Raoul Ruiz ? Il me serait agréable que vous vous laissiez convaincre d'aller dans la maison nîmoise du commissaire en vacances Bellamy. Selon moi, vous ne regretterez pas cette escapade en Chabrol majeur…- Lu dans « Le Film français » de cette semaine cette reprise d’une déclaration de Sean Penn à propos de son Oscar pour Harvey Milk : « J’ai été très surpris ! Toutes mes relations, à Hollywood comme ailleurs, passent par des hauts et des bas. Alors, je prends les choses au jour le jour… ». Tant d’autres cinéastes américains pourraient reprendre à leur compte ce constat teinté d’amour-haine : Woody Allen , Clint Eastwood, Spike Lee, entre autres. Tous ont souffert et souffrent encore de ces reconnaissances à géométrie variable du « système », alors même qu’ils sont obligés de faire partie dudit système pour des raisons bassement économiques. Sans Hollywwod, ils n’existent plus et ce n’est pas le leurre du vrai-faux cinéma indépendant qui changera fondamentalement la donne… Pris en otages par ce système économique, ils finissent par souffrir, en quelque sorte du fameux "syndrome de Stockholm", forcés d’aimer la main qui les contraint et les maintient en vie tout à la fois. De même d'ailleurs que les kidnappeurs hollywoodiens sont bien obligés de faire avec ces otages bourrés de talent ! Hollywood, je t’aime, moi non plus !_ Lu dans « Le Monde « une mention élogieuse d’un vin de Cornas en raison notamment d’un arôme de cacao. Et c’est vrai, les bons Cornas donnent cette sensation si particulière de humer un carré de chocolat très fort en cacao. J’y pense parce que c’est ce vin d’Ardèche qu’offrait Jean-Claude Brialy à Philippe Noiret, quand il le recevait à sa table dans « Le Juge et l’assassin » de Bertrand Tavernier. J’ai tendance à penser que les deux acteurs avaient vraiment dans leur verre de ce nectar sublime, profondément terrestre, puissant, ample. Le cinéma sera aussi sensuel ou ne sera pas !La phrase du jour ? « On n’est pas bien ? Paisibles. A la fraîche. Décontractés du gland. » Gérard Depardieu à Patrick Dewaere dans « Les Valseuses » de Bertrand Blier

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