Je fais écho à la chronique de Vincent Josse écrite à l’occasion de la disparition brutale d’Alain Crombecque. Qu’est-ce qui me prend de me mêler ainsi de théâtre, me direz-vous ? Qu’ai-je donc à dire d’original sur cette personnalité essentielle pour le spectacle vivant ? A proprement parler, rien. Mais le post de Vincent a ranimé en moi les souvenirs d’une nuit jamais dépassée, celle de l’une des quatre représentations en continu du « Soulier de satin » de Paul Claudel mis en scène et visité et habité et incarné par Antoine Vitez dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes d’Avignon. A laquelle ai-je assisté, médusé et sidéré ? Etait-ce le 11, le 13, le 17 ou le 21 juillet 1987 à 21 heures ? Je ne sais plus. Une chose est certaine, c’est Alain Crombecque qui avait soutenu Antoine Vitez dans ce projet fou, dans cette aventure théâtrale en forme d’aventure humaine. Quelques mois plus tard, en mai 1988, alors que la reprise du « Soulier » à Avignon avait été évoqué, finit par écrire à son ami Crombecque, directeur du Festival : « Finalement, on ne reprendra pas le « Soulier » (…) Je suis triste. Je ne puis que te redire combien j’ai aimé faire cela, et le faire avec toi, avec vous.A bientôt.Je t’embrasse. Antoine »Et Crombecque vient de rejoindre Vitez dans nos mémoires. Vitez dont la parole vibrante et forte fait tant défaut à l’heure des errements actuels.Non décidément, pardon, rien à voir avec le cinéma. Rien, sinon que les acteurs de ce « Soulier » ont un lien avec le cinéma plus ou moins fort et notamment Valérie Dréville, Ludmilla Mikaël, Aurélien Recoing, Robin Renucci, Didier Sandre, Dominique Valadié et Jean-Marie Winling, sans oublier Antoine Vitez (comment ne pas songer à son rôle dans « Ma nuit chez Maud », par exemple ?). La scénographie et les décors étaient l’œuvre d’un magicien, Yannis Kokkos. Je crois que depuis cette date (comme par hasard introuvable dans ma mémoire…), je vais au théâtre avec la certitude de ne pas y retrouver une émotion comparable. Comme si cette nuit-là, j’avais engrangé tout ce que le théâtre peut m’apporter. Comme si tout désormais me semblerait de l’ordre du psitacisme sur une scène. Et en moins bien, évidemment. Comme si une partie de moi-même spectateur était restée accrochée à son mauvais fauteuil de la Cour d’Honneur en ce petit matin un peu pluvieux comme en témoigne la photo publiée dans le merveilleux « Journal de bord » d’Eloi Recoing. Photo sur laquelle je me suis bêtement cherché et … trouvé ! Il y a donc quelques parapluies, il y a surtout un public debout et heureux et des acteurs chancelants après l’épreuve de la nuit totale.Pourquoi ne pas le dire, je n’ai jamais ressenti les mêmes sentiments devant un film ? Et tant mieux après tout si aucun film ne m’a éloigné des autres films : c’est peut-être pour cette raison secrète et cachée que je continue d’aller chaque jour au cinéma. J’espère trouver un jour dans une salle obscure LE film comme « Le Soulier de satin » de Claudel par Vitez est LA pièce. Promis, si ce jour arrive, vous serez les premiers informés !Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« L’heure d’un rendez-vous d’ordinaire s’étendEt n’est pas resserrée aux bornes d’un instant. »Molière, « Les Fâcheux »

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