Et si Resnais arrêtait de tourner ? De tourner les pages des livres en tout cas. Son film, "Les herbes folles", s'inspire d'un roman du doux dingue Christian Gailly, auteur des éditions de Minuit dans la lignée de ceux qui font déraper le réél (avec Christian Oster, entre autres), comme les aimait Jérome Lindon. Resnais, fin lecteur, adapte d'une façon tellement littéraire ce roman que la voix off d'Edouard Baer et les dialogues donnés aux acteurs ont des airs de livre sonore. Mais l'intrigue est trop mince pour qu'on écoute, pardon, pour qu'on regarde ce film avec passion. Le sujet ? Dussollier tombe en arrêt devant une inconnue dont il a retrouvé le portefeuille (Sabine Azéma). Elle le repousse, puis, à son tour, poursuit celui qu'elle ne désirait pas. Un Resnais charmant au départ mais dont on se lasse très vite, avec des acteurs qui n'ont absolument rien de nouveau à jouer au fond depuis plus de vingt ans chez Resnais. Et si l'on demandait aux maîtres de désapprendre pour retrouver le feu? Que tal, Almodovar, tu dors? Attention, tu ronronnes à force d'entendre célébrer ton génie. Et voilà que tu te cites, maintenant, dans tes films? Un cinéaste aveugle (suite à la vengeance d'un homme qu'il a fait cocu) finit par réaliser le film que cet homme jaloux lui avait dérobé quatorze ans plus tôt. Construction classique (récit façon il était une fois), personnages classiques et peu attachants. On n'a peu de choses à faire de cette romance qui rend hommage au cinéma (d'Almodovar surtout). Rien de nouveau sous le soleil de l'Espagnol qui surfe sur la vague de ses derniers succès sans le moindre renouvellement. La belle Penelope Cruz n'y peut rien. Et les couleurs qui célèbrent à l'évidence les délires pop de Jacques Demy ne dopent pas le cinéma d'Almodovar. Il devient terne.

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VJ © Radio France
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