« La presse doit se taire le plus longtemps possible. » C’est la phrase que je retiens principalement du long et très animé entretien que je viens d’avoir avec l’attaché de presse du film « Faubourg 36 » de Christophe Barratier auquel j’ai eu le malheur de consacrer une chronique récemment ! Je vous passe les noms d’oiseaux et autres rappels vertueux à une déontologie fantasmatique et instrumentalisée qui se sont succédé à mon égard dans la bouche de cet attaché de presse. En apparence que me reproche-til ? D’avoir parlé trop tôt, bien avant la sortie du film. Seulement voilà, le Parisien en a lui aussi parlé au même moment. La différence entre nous : le quotidien est dithyrambique sur le film et je le suis beaucoup, mais beaucoup moins ! CQFD. Ce qui gêne véritablement Monsieur l’attaché de presse, ce n’est pas la date ("le temps ne fait rien à l'affaire", comme le chante Brassens), c’est le discours critique évidemment. Qu’une petite voix discordante se lève et on sonne immédiatement la charge à l’artillerie lourde (pour ne rien vous cacher, le coup de fil dudit attaché de presse avait été précédé de deux autres émanant de deux autres correspondants durant le week end mais allant dans le même sens…). Puis on vous dit que TOUTE la presse a adoré le film (sic) et que « vous allez le payer très cher au moment de la sortie du film ». On vous fait comprendre que votre métier, c’est de dire du bien des films. On vous murmure avec une grosse voix que « ça ne se passera pas comme ça ». Et on finit par entendre Monsieur l’Attaché de presse vous dire presque naturellement : « Mais la presse doit se taire le plus longtemps possible et devrait même parler des films après leur sortie. » Puissance de la pensée et rêve si doux d’une presse aux ordres ! J’ai vainement tenté de faire valoir à mon interlocuteur qu’entre information et communication, il y a une légère différence… Ce qui se cache derrière cette petite tentative d’intimidation, c’est plus globalement la peur et le mépris du public : si « les gens » lisent de mauvaises critiques d’un film avant sa sortie, ils n’iront pas le voir pensent ces beaux esprits prompts à prendre en fait « les gens » pour des crétins décérébrés incapable de penser par eux-mêmes. Comme si la presse dans son ensemble avait un tel pouvoir ! Comme si les journalistes devaient se comporter en auxiliaires serviles d’un plan de communication. Comme si la critique d’un film, bonne ou mauvaise, pouvait s’apparenter à un slogan publicitaire. Comme si enfin la presse "existait" vraiment face au déferlement publicitaire d'une industrie cinématographique qui pour ses poids lourds choisit globalement de consacrer sept fois plus d'argent à la promotion des films qu'à l'écriture de leur scénario !Le résultat de cet entretien (ou plutôt son commencement et sa conclusion !) une mini interdiction professionnelle : l’attaché de presse me faisant savoir que j’étais désormais indésirable aux projections de presse qu’il organise ! Pan sur le bec de l’odieux journaliste et rire de ce dernier. Comme disait Marie-France Pisier dans « Souvenis d’en France » d’André Téchiné : « Foutaises, foutaises, foutaises ! »(L’autre ) phrase du jour ? « Des éloges excessifs venant de toutes parts et escortant toute une carrière, peuvent stériliser un artiste plus sûrement que la douche écossaise qui est à l’image de la vie. C’est ce que devait penser Jean Paulhan en écrivant : “L’éreintement conserve un auteur, mieux que l’alcool ne fait un fruit.“ » François Truffaut in « A quoi rêvent les critiques » extrait de son livre « Les Films de ma vie ».

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.