Invité pricipal du jour : Abdel Raouf Dafri, le scénariste des deux volets de « Mesrine » le film de Jean-François Richet et l’un des scénaristes du nouveau film de Jacques Audiard « Un prophète ». Un charmeur, un vrai. Du bagout, de la tchatche à revendre. Des anecdotes sur tout ! Le scénariste est un ami des mots, quoi de plus normal ?! Il jongle avec eux, se grise avec eux et dérape avec eux. Au détour d’un développement sur Mesrine et la Guerre d’Algérie, une petite phrase tautologique qui ne peut que faire mal et blesser : tous les soldats français ont torturé. Evidemment que non, à moins d’établir ici le principe de la responsabilité collective. Tous, non. C’est le propre du poison distillé par Ausaresses : « J’ai torturé moi-même, donc pour me dédouaner je dis que tout le monde a torturé ». Pas si simple. On peut comprendre que des appelés de l’époque ont été choqués par les propos de notre invité. Ou comment faire d’une juste question (la torture en Algérie), une polémique en forme d’écran de fumée.Hier Mocky, aujourd’hui Dafri, la tautologie se porte bien, merci ! On la croyait reléguée au magasin des accessoires d’un show de Bigard (« Les femmes sont toutes… » et « les hommes des … »). Mais non, le mal guette tout le monde. Maladie du raccourci et de la petite phrase choc. La complexité humaine passée en pertes et profits. Tandis que les communautés se constituent en baronnies et féodalités médiévales, il se construit un discours globalisant qui vise à les légitimer. On parle catégories, groupes, bandes et clans. Entre l’individu et l’universel, la « rassurante » tribu du temps des cavernes. Au secours !Et Bory me direz-vous ? Et ma promesse de vous citer un exemple des joutes oratoires avec Charensol ? Allez, pour le plaisir, à propos de « Pierrot le fou »,dans l’émission du 7 novembre 1965 :« Jean-Loui Bory : Un chef d’œuvreGeorges Charensol : Oui, oui, c’est pas mal (…) Le dialogue est malheureusement d’une effroyable platitude.JLB : Oh ! Je m’étrangle !GC : … Pendant deux heures, ça n’arrête pas de « causer ».JLB : Mais, oui, c’est ça , on « cause » !François-Régis Bastide : Si j’avais Racine et Montesquieu au micro, ça ferait une fort mauvaise émission. Ils parleraient , nous nous causons ». Et ainsi de suite.Comme nous l’a fort aimablement indiqué Olivier Broche dans un commentaire au post d’hier, il faudra attendre encore un peu pour « entendre » tout cela sur scène. Patience donc.Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Dans Arles, où sont les Aliscams,Quand l’ombre est rouge, sous les roses,Et clair le tempsPrends garde à la douceur des choses. Lorsque tu sens battre sans causeTon cœur trop lourd ;Et que se taisent les colombes :Parle tout bas, si c’est d’amour, au bord des tombes. »Paul-Jean Toulet, "Romances sans musiques"

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