"Un immense nouveau Dumbo 2019", "une richesse visuelle complètement dingue", "j'ai retrouvé le grand Burton", "depuis Fellini, on n'a pas vu un tel imaginaire au cinéma !", "une splendeur !"… Le film de Disney réalisé par Tim Burton, avec Eva Green et Colin Farrell, fait l'unanimité au "Masque & la Plume".

"Dumbo" de Tim Burton : dans les salles depuis le 27 mars 2019
"Dumbo" de Tim Burton : dans les salles depuis le 27 mars 2019 © 2019 Disney Enterprises, Inc. All Rights Reserved.

Le film résumé par Jérôme Garcin

Avec Holt (joué par Colin Farrell), un ancien cavalier de cirque de retour de la Grande guerre, veuf, manchot, père de deux enfants ; avec la trapéziste française Eva Green ; avec Danny de Vito dans le rôle du directeur du cirque Medici… et notre légendaire éléphanteau Dumbo, séparé de sa maman et vendu à l’horrible Vandemere (Michael Keaton). 

Une fantaisie de 2h10, avec un Dumbo volant dont Tim Burton a réécrit l’histoire tout en restant fidèle à l’esprit Disney, sur une musique de Danny Elfman. 

Xavier Leherpeur le recommande vivement : "C'est un immense nouveau Dumbo 2019, allez-y, courrez-y !"

XL : C'est un film absolument magnifique. Je retrouve le Burton que j'aime mais que je n'ai jamais complètement perdu. Ses films précédents était aussi superbes et là, je lui dois de me ré-émerveiller à nouveau pour un film que j'adore mais que je suis incapable de regarder (je pleure au bout de trois minutes).

Il rend hommage au premier Dumbo en réinventant des personnages qu'on n'avait pas vu (celui de Colin Farrell et ses deux enfants). 

Et puis il y a une deuxième partie qui prouve que Disney est prêt à tout pour faire de l'argent (mais tant mieux puisqu'il le confie à Tim Burton) : une attaque en règle des grands parcs d'attraction, qui mettent à mort le  cirque itinérant et les petites troupes qui survivent difficilement. Comme c'est vraiment ce qui est arrivé quand Disney a ouvert son premier Disneyland, il y a un côté "on se tire une balle dans le pied". 

Au sommet du parc d'attraction futuriste, superbe, avec une architecture métallique trône l'ancien Batman de Tim Burton, Michael Keaton, méchant directeur de cet endroit, qui va virer les employés parce que le film dit aussi les conditions des employés de ces parcs d'attraction, économiquement et socialement. Tout cela au service d'une histoire absolument bouleversante avec des personnages émouvants. 

On s'attendait à un grand film lyrique avec des grands mouvements de caméra pour épouser les mouvements de Dumbo ; c'est un film très cassé, très mélancolique, très interrompu dans sa narration. 

Je trouve que c'est du grand Tim Burton. 

C'est un immense nouveau Dumbo 2019 : allez-y, courez-y !

Charlotte Lipinska a été elle aussi emportée par le film

CL : Il n'y avait pas mieux placé que Tim Burton, dont on sait l'amour pour les marginaux, pour les solitaires, le côté "ode à la différence" [pour réaliser ce film]. Et c'est vrai qu'on connaît aussi son amour du cirque et des saltimbanques, qu'on retrouve de-ci, de-là, dans à peu près tous ses films. Là, tout est réunit en un.

C'est d'une richesse visuelle complètement dingue

Et effectivement, il y a cette espèce d'attaque en règle contre le show-business XXL que Disney pourrait représenter (donc c'est assez drôle qu'ils aient accepté ça) : le film prouve vraiment que la cupidité mène au désastre. Comment l'arrogance de ce show-business va être battue par les valeurs, la morale d'une petite troupe de saltimbanques qui vont sauver Dumbo.

Mon petit regret, c'est que les personnages se comptent sur les doigts d'une main et que justement, cette famille de cirque dont on nous vante les mérites du début à la fin, n'existe pas vraiment. Ils servent de decorum (les costumes sont sublimes, ils sont tous beaux, ça jongle dans les quatre coins de l'image...) mais ils n'existent pas. Il n'y a vraiment que le père, la mère, les deux gamines, la trapéziste et le méchant. 

Sinon, oui, j'ai été emportée (l'âme d’enfant…). 

Image extraite de "Dumbo"
Image extraite de "Dumbo" / 2019 Disney Enterprises, Inc. All Rights Reserved.

Michel Ciment a "retrouvé le grand Burton"

MC : C'est un très grand film. Burton a été un des très grands cinéastes de la nouvelle génération à Hollywood. Et c'est vrai qu'avec toute l'admiration que j'avais pour lui, j'étais un peu déçu, même s'ils restaient intéressants, par tous ses derniers films depuis une dizaine d'années… et là j'ai retrouvé le grand Burton.

Tim Burton est né avec Disney, ses premiers courts-métrages étaient produits par Disney, il avait fait déjà Alice au Pays des merveilles, qui était un dessin animé et qu'il a fait en prises de vues réelles. C'est la deuxième fois qu'il prend un classique de l'animation pour en faire un film de prises de vue réelles, mais avec la numérisation il retrouve l'artifice aussi. C'est un mélange de prises de vue réelles et de technique phénoménale

Et c'est vrai que, peut-être depuis Fellini, on n'a pas vu un tel imaginaire au cinéma ! C'est d'une splendeur !

Hitchcock disait "je préfère les tranches de gâteau aux tranches de vie", moi j'aime beaucoup les tranches de vie (j'aime beaucoup Pialat), mais j'aime aussi les tranches de gâteau ! Ça retrouve toute la veine d'Edward aux mains d'argent : ce personnage isolé avec la mère, le rejet, et en même temps cette fantaisie visuelle extravagante.

Sophie Avon

SA : Je n'ai pas pleuré mais je suis d'accord avec mes camarades : c'est vraiment un beau film

La critique contre les parcs d'attraction est extrêmement virulente - il épargne les banquiers cela dit. Il s'en donne à cœur joie. C'est aussi contre Hollywood, d'ailleurs c'est très intéressant : son cirque ressemble à une série de HBO, La caravane de l'étrange, qui n'a fait que deux saisons faute de rentabilité. Très clairement, il se pose du côté des artistes.

Ce que je trouve beau dans le film, à un deuxième degré (il y a beaucoup de choses pour les enfants, mais il y en a aussi pour les adultes) : c'est, rétroactivement, le regard mélancolique qu'il porte sur le XXe siècle. Il situe cette histoire au sortir de la Première guerre mondiale (ce qui n'est pas la date de son écriture ni du dessin animé) et on a le sentiment qu'il regarde ce siècle qui promettait tant, qui promettait des réparations… et à la vérité, on sait ce qu'il est advenu de ce siècle qui a peut-être fait plus en destructions qu'en réparations…

Eva Green et Dumbo
Eva Green et Dumbo / 2019 Disney Enterprises, Inc. All Rights Reserved.

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Sortie en salles le 27 mars 2019

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume..

6 min

"Dumbo" de Tim Burton : les critiques du "Masque & la Plume"

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