Ce matin (très trop tôt !), j’ai remplacé presque au pied levé une consœur d’Inter pour sa rubrique consacrée à l’actualité des DVD. J’ai pris un vrai plaisir à faire entendre les voix incroyablement présentes de Charles Vanel, Michel Piccoli et Gérard Depardieu dans « Sept morts sur ordonnance » de Jacques Rouffio. Marielle avait bien raison de dire dans l’un de ses films « C’est bien, le cinéma à la radio ». Oui, c’est paradoxalement bien, puisqu’on y est privé de ce qui fait la spécificité du cinéma, l’image en mouvement, mais on y est accroché par ce qui lui est venu en surplus, comme donné par un nouveau sursaut technologique, comme si l’accouchement du cinématographe avait eu lieu à deux reprises, avec plusieurs années d’intervalle entre les deux naissances. Le son donc est du coup particulièrement présent. La radio sans visage prend ici sa revanche : on y entend incroyablement bien les images ! On est sensible bien plus que dans une salle obscure au détail d’une intonation, au grain de la voix, au souffle, à la respiration. Tout prend du relief. Et puis on écoute, oui, on écoute avec plus d’acuité. Dans la scène choisie ce matin, Vanel, littéralement expulsé par Piccoli de son domicile, reprend son parapluie sans prononcer le mot mais une métaphore (« c’est vrai qu’avec ce temps, c’est utile »). Or, à la radio, si on est attentif, on le voit parfaitement ce parapluie, je vous l’assure. Ne m’embarbouillez pas, s’il vous plait, en me rétorquant que, quand même, un film à la radio, c’est comme voir un plat alléchant sans pouvoir le goûter. Non, vraiment, c’est une autre dimension. Truffaut avait coutume de dire qu’un film sur le petit écran, c’était insupportable, sauf s’il s’agissait de le revoir et donc d’y découvrir des choses en comparaison avec la première vision en salle. Le cinéma à la radio, ce serait un peu du même ordre.La phrase du milieu de journée ?« Le sel et le feu attendent sur la colline minérale de l’incandescence de vivre. »Paul Eluard, « Eveil »

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