Oui, je l’avoue, c’est un tropisme que je revendique : j’accorde aux scénaristes et au scénario une importance inversement proportionnelle à la portion congrue habituellement réservée dans le cinéma à cette profession et aux raconteurs d’histoires qui l’exercent. Souvenirs indélébiles d’une belle expérience professionnelle passée à travers l’expérience magique de la création d’un journal, mais là n’est pas le propos ! Ce qui me fait ici revenir au scénario, c’est l’émission d’hier où nous avions pour invité le scénariste Thomas Bidegain qui a signé avec Jacques Audiard le scénario d’ « Un prophète ». La semaine passée nous devisions avec Gilles Taurand le scénariste de « L’Armée du crime » et huit jours plus tard donc avec un autre scénariste. Alerte ! Les envahisseurs de l’écrit sont là ! Qu’on se rassure, nous reprenons une activité normale la semaine prochaine avec une cinéaste et des acteurs. Mais force est de constater que les scénaristes, en général, sont des invités pour le moins passionnants et stimulants. D’abord parce que n’étant pas présents sur le tournage du film, ils nous évitent de facto le couplet sur « cette bande de super potes qui ont passé quelques semaines ensemble dans une chouette ambiance familiale, où tout le monde s’adore ».Franchement, c’est plutôt reposant de ne pas entendre que forcément le tournage d’un film c’est Oui-Oui au pays des Bisounours, alors que dans les faits personne n’est dupe. Le scénariste parle même d’une réalité radicalement inverse : et pour cause, il est impossible de prétendre que l’écriture à deux, voire à trois ou plus, est un long fleuve tranquille. Ecrire un scénario, se confronter aux idées du cinéaste, c’est forcément un combat, une dispute dont il ressort un objet artistique façonné par des contradictions et des débats internes. Voilà pourquoi, entre autres, il est reposant de recevoir un scénariste au micro.Et puis, le point de vue du raconteur d’histoires est souvent intéressant. Non pas qu’il délaisse totalement la mise en scène (écrire un scénario, c’est écrire pour des images et non pour des pages, la différence est de taille), mais il a pour l’histoire, la narration, les dialogues une attention particulière, vibrante pourrait-on dire. J’ai particulièrement senti ce regard perçant quand j’ai parlé avec Thomas Bidegain de « District 9 » cette petite série B qui fait un tabac aux Etats-Unis et ici-même ou de « Humpday », sortis tous deux cette semaine sur les écrans. Pour l’un comme pour les autres se posent des questions de crédibilité ou de vraisemblance par exemple qui ne sont pas des questions mineures dès lors qu’on n’est pas dans un film purement fantastique ou onirique et décalé. Le scénariste pense ainsi et voit ainsi les images qui lui sont montrées. C’est ce regard qui détonne et séduit.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Elle l’imaginait veillant sur elle et le temps alors s’effaçait presque. Le lendemain, elle était souriante. »Jean-François Josselin

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.