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Jérôme Garcin :Elle de Paul Verhoeven est revenu bredouille de Cannes. Le realisateur, c'est le Hollandais volant d’Hollywood, le réalisateur de Basic Instinct qui signe un film français, tourné en France adapté avec Philippe Burck du roman « Oh » de Philippe Djian, avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny, Virginie Efira, Charles Berling et Judith Magre qui est parfaite dans le rôle de maman nymphomane.

Isabelle Huppert joue le rôle de Michèle qui avec sa grande copine, Anne Consigny dirige une entreprise de jeux vidéo. Elle vit avec son fils, un grand benêt, et surtout avec le souvenir obsédant, et traumatique d’un crime affreux qu’a commis son père qui attend la mort en prison. La vie de Michèle va basculer quand elle est agressée et violée chez elle par un homme masqué. Un homme qu’elle va traquer pour nouer une relation SM puissance 10, comme les aime Pierre Murat. Un mélange de répulsion et de fascination.

Un film que je résumerais par : « Là, où il y a des gens, il n’y a pas de plaisir ! Ou plutôt si, il y a un plaisir mais assez pervers.» Le projet était au départ américain, mais pour des raisons de tournage, mais aussi de morale, il a été préférable de le tourner en France avec des Français.

Avec les critiques Danièle Heymann (Marianne), Eric Neuhoff (Figaro), Jean-Marc Lalanne (Inrockuptibles) et Pierre Murat (Télérama).

Pierre Murat : "C'est jubilatoire"

J’ai beaucoup aimé. C’est un film magnifique. On voit souvent des films où on s’attend à tout. Là ce qui est incroyable, c’est que l’on est toujours surpris. Ce qui arrive dans ce film, on ne s’y attendait absolument pas. Au début, l’héroïne se fait violer. Elle devrait appeler les flics, du secours. Mais non, elle commande des sushis, remet son corsage. Comme si ce n’était pas grave. Mais ça l’est. Et tout le film est comme ça. Par exemple, le plus atroce qui est son passé qui l’a traumatisée,tout le monde fait semblant d’avoir pardonné. C’est jubilatoire. Ça m’a rappelé Chabrol, quand il était méchant, en plus cru ou plus cruel. Paul Verhoeven que je n’aime pas toujours, fait là un film absolument étonnant avec une Isabelle Huppert qui mérite ce rôle, et le film est excitant.

Daniele Heyman : "Tout ce qui va se passer est assez inattendu"

Oui, il ne faut pas réduire Paul Verhoeven à un pic à glace dans Basic Instinct. Déjà, le temps a passé et son cinéma est peuplé de femmes en danger et dangereuses, là le personnage est idéal. Mais on sent une jouissance d’avoir été en France avec des acteurs français, mais surtout avec la langue française. On sent qu’il a eu du plaisir, qu’il a regardé et laissé la bride sur le cou des acteurs avec bonheur et complicité. Isabelle Huppert y est intrépide est magistrale. Ce que le film a de jouissif, c’est sa constante ambiguïté et son ironie. Le viol avec un fantomas prédateur et le lendemain elle reprend son petit train-train, elle le raconte à son entourage et dit qu’elle n’est pas allée voir la police. Toute sa famille est là autour et se dit que c’est quand même bizarre. Tout ce qui va se passer est assez inattendu. Sa vie à elle est compliquée : elle a quitté son mari qui est toujours là, elle a un amant qui est le mari de sa meilleure amie, son associée. Et la question, c’est mais qu’est-ce qui va se passer ? parce que c’est un thriller, avec une Isabelle Huppert qui est inouïe.

Eric Neuhoff : "Elle est un film comique ! Mais involontairement"

Vous n’avez rien compris ! C’est un film beaucoup plus drôle que Ma loute. Elle est un film comique ! Mais involontairement. Moi j’ai laché le polar très vite. A la 10e minute quand Isabelle Huppert dit à son amant au téléphone : non, ce soir ce n’est pas possible, j’ai mes trucs. Qu’est-ce qu’elle va jouer dans son prochain film ? Une fille qui passe son bac ? Il faut qu’elle joue des rôles de son âge maintenant. Ce n’est plus possible ! Un acteur c’est un corps. Mais il n’y a pas que ça : le problème, c’est que c’est un film de Djian, et l’histoire, il s’en fout dans ses livres. Tout tient sur le style. Et là, c’est abracadabrant cette fille dont tous les types sont amoureux, le violeur que l’on reconnaît tout de suite… Paul Verhoeven n’a jamais été très subtil. Là ce n’est plus le pic à glace, mais le marteau piqueur ! On dirait les policiers que l’on voyait le dimanche sur M6 avec une esthétique à la Derrick. Tout est laid, ridicule et attendu. Le fait que ça d’abord été écrit pour être filmé en anglais, ça se sent. Toutes les répliques sont en bas breton. Elle dit : « J’ai fait une chute de vélo ». On ne dit pas ça. On dit « je suis tombé de vélo ». J’étais accablé.

Jean-Marc Lalanne : "C’est une façon de faire un film hyper français rongé de l’intérieur par une folie à la fois douce et féroce"

N’importe quoi ! C’est le film le mieux filmé qu’on ait vu à Cannes. Il existe des cinéastes qui sont moins bons quand ils s’éloignent de chez eux. Pour Verhoeven, c’est l’inverse. Il signe le meilleur film français de l’année. Parce que c’est vraiment un virus. Il s’inocule lui-même dans des films de genre très codés, comme les block busters américains comme Starship troopers qui est un film typiquement spectaculaire américain militariste mais rongé de l’intérieur par l’ironie, le sarcasme qui devient un produit détraqué délirant. Là il fait la même chose avec le genre du cinéma français avec un casting qui comprend le pillier du cinéma d’auteur avec Isabelle Huppert et au plus mainstream de la comédie avec Laurent Laffite… Il met tous ces gens à table comme le faisait Bunuel il y a 40 ans et le film est très proche du Fantôme de la liberté, ou du Charme discret de la bourgeoisie… C’est une façon de faire un film hyper français rongé de l’intérieur par une folie à la fois douce et féroce. Il y a quelque chose de très cruel et de très aimant. Avec des moments de cinéma comme quand Isabelle Huppert ferme les volets de sa maison et qu’il y a du vent, tout à coup, il n’y a plus d’ironie, et ça devient beau…

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