Kiarostami connaît Binoche depuis douze ans, mais il ne l'avait jamais dirigée avant "Copie conforme", présenté en compétition et en salles, demain. Le cinéaste a souvent invité la comédienne à Téhéran et ils ont évoqué un sujet. Il a fini par écrire un scénario tourné en Toscane, loin de l'Iran qui fut jusqu'à présent le seul décor du réalisateur du "Goût de la cerise". Un décor nourri des contraintes que l'on devine dans ce pays où il faut obtenir de strictes autorisations pour tout. Juliette Binoche incarne une française de Toscane qui rencontre un écrivain anglais en visite pour une conférence. Ils sympathisent, elle le promène dans la région somptueuse. Ils visitent églises, musées, discourent de l'art et de sa réception par le public. Puis une serveuse les prend pour un couple et le personnage de Binoche se prend au jeu. Elle tutoie alors ce quasi inconnu et s'adresse à lui comme s'ils étaient mariés depuis quinze ans. Les reproches fusent, l'amertume pointe, le dialogue naît, enfin, après des années de mutisme. Et lui joue le jeu. Que se passe-t-il alors? Kiarostami déstabilise le spectateur en orientant ainsi son récit vers une pente quasi fantastique. Des questions se posent à nous. Jouent-ils vraiment ou sont-ils mariés? Ou bien a-t-on perdu le fil? De cette convention, finalement théâtrale (un jeu), nait un film beau et profond sur le couple, l'altérité et sur l'improbable rencontre de l'homme et de la femme. Doutes et amour se disent en vrac, naturellement, dans une langue non littéraire, la caméra suivant les acteurs de très près. L'iranien se pose en moraliste, expert en sentiments et connaisseur de la nature féminine. Sa variation sur l'amour surprend et à plusieurs reprises, elle enchante.

J Binoche,  invitée d'Esprit critique, V Josse et Géraldine Hallot
J Binoche, invitée d'Esprit critique, V Josse et Géraldine Hallot © Radio France
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