Emmanuelle Devos ne pourra être notre invitée vendredi prochain aux côtés, entre autres, de Guillaume Galienne pour une émission spéciale consacrée aux actrices et aux acteurs. Elle sera à ce moment-là sur un plateau de tournage. Dommage, vraiment. Pourquoi ne pas le dire ? Toutes les actrices et tous les acteurs, aussi talentueux soient-ils par ailleurs, ne se valent pas devant un micro de radio. Elles et ils (mais non, pas de nom !) peuvent se révéler décevants, muets ou presque, incapable d’évoquer le film dont ils viennent parler ou même leur métier en général. Ce n’est clairement pas le cas d’Emmanuelle Devos. Non seulement, elle est sur grand écran une actrice hors pair, dans la lignée des Huppert, Seyrig, Fabian, Sanda, Bonnaire et quelques autres, mais elle parle de ses rôles et de son métier avec humour, sensibilité et intelligence. On a pu récemment la voir pulvériser Audrey Tautou (à mes yeux !) dans « Coco avant Chanel » où elle incarne une « cocotte » (pardon…) à la perfection, c’est-à -dire dans une sorte de détachement sensuel proprement sidérant. Elle est la vitalité même, l’élan, la vie à l’œuvre, même si elle sait parfaitement que l’Histoire et l’histoire sont tragiques. Même vitalité plus récemment encore dans « Les Beaux gosses » avec un rôle de proviseur aux jambes truffaldiennes. Et puis vous la découvrirez à la rentrée dans le nouveau film de Xavier Giannoli « A l’origine » où elle donne la réplique à François Cluzet-celui-qui-aurait-du-avoir-le-prix-d’interprétation-masculine-à-Cannes-cette-année. Elle y joue le rôle du Maire d’une petite commune qui tombe sous le charme de l’escroc Cluzet. Je ne sais pas vous, mais moi j’ai souvent du mal à trouver que les acteurs jouent « juste » quand il s’agit d’incarner des élus. Ils sont souvent dans la caricature et l’outrance, antiparlementarisme primaire oblige. A croire qu’être député ou maire ou sénateur est en soi une infamie et mérite qu’on s’habille en guignol. Rien de tel chez Emmanuelle Devos. Du coup, on croit immédiatement à son personnage d’élue impliquée, volontaire et charmeuse. Comme souvent chez les grands acteurs, l’art d’Emmanuelle Devos repose dans cette capacité à faire ses « petits pas de côté » presque imperceptibles, à être intensément dans le personnage tout en s’en détachant pour le laisser prendre son envol. Souvenez-vous d’elle chez Garcia, Audiard, Desplechin (ah son personnage dans « Un conte de Noël » !), Bonitzer, Fillières et d’autres. Sans oublier un rôle magnifique dans un beau film passé inaperçu : « La Femme de Gilles » de Frédéric Fonteyne. Pour toutes ces raisons, pour tous ces rôles, Emmanuelle Devos nous manquera vendredi ! Jusqu’à la prochaine invitation…Ah ! ça ira !La phrase du soir ?Fabienne Tabard : « Vous aimez la musique, Antoine ? »Antoine Doinel : « Oui, Monsieur. »Dialogue entre Delphine Seyrig et Jean-Pierre Léaud extrait de « Baisers volés » écrit par François Truffaut, Claude de Givray et Bernard Revon

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