C’est une chanson qui s’intitule « Mack the knife ». C’est une chanson qui appartient en fait à " L’Opéra de quat’sous" (Paroles : Berthold Brecht, Musique : Kurt Weill). C’est une chanson que Jacques Audiard a choisi pour le générique de fin de son film. Tout le monde la reconnaît aux premières notes, mais son titre ne dit rien à personne (ou presque !). Tout ensuite est affaire de version. Audiard a choisi celle de Jimmie Dale Gilmore. Elle dure plus de six minutes et c’est un pur enchantement. Louis Armstong, Ella Fitzgerald ou Franck Sinatra, entre beaucoup d’autres, l’ont chantée et souvent dans un tempo plus soutenu, plus marqué. L’incroyable chaloupé de la version choisie par Jacques Audiard constitue l’un des plus beaux génériques de fin du cinéma français. On ne dira rien ici évidemment des dernières images du film sur lesquelles montent la musique et le chant de « Mack the Knife ». Mais je garde pour ma part le souvenir de la projection cannoise et de cette « conclusion » sidérante. Difficile de ne pas rester accroché à cette chanson aux allures de parcours initiatique. Elle raconte une histoire tout comme le film que l’on commence à quitter, permettant ainsi de continuer à le faire vivre dans la tête de chaque spectateur. Parce que c’est lui, parce que c’est elle : la rencontre entre ce film et cette chanson tient forcément du hasard et du « miracle » artistique. Adéquation parfaite, second degré compris, avec même un soupçon d’ironie comme il se doit (à petite dose, ne pas se priver de l’ironie !). Coup final mais coup de maître pour ce moment si particulier d’un film. Comment terminer un film, comment lui laisser vivre sa vie ? Question essentielle, corrélative du « comment commencer ? » (plus facile, dès lors qu’il s’agit de réinventer pour toujours le « Il était une fois… » sésame narratif absolu et accepté). Mais, pour le « Comment finir ? », pas de formule magique. On ouvre ? On ferme ? On laisse la porte entrebaillée ? On multiplie les points de suspension ou l’on manie le point final ? Chaque film répond à cette question comme il l’entend. Histoire de faire vivre la réflexion de Jean Renoir pour qui chaque spectateur continue de se faire son film dans sa tête une fois la projection achevée. La façon dont « Un prophète » le fait relève d’une forme particulièrement brillante et sensible à la fois.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« L’envie d’aller très loin ne le quittait plus désormais. C’était comme une certitude, une nécessité, un appel impérieux. S’y dérober, c’était renoncer. »Virginia Woolf, « Esquisses »

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