A la demande générale de deux lectrices bénévoles rencontrées ce jour, j’arrête (provisoirement) de vous parler de Truffaut et de mes petits ennuis de téléphone portable (mais soit dit en passant le mot perdu le reste !).C’est une dépêche AFP d’hier qui nous ramène nerveusement au cinéma d’aujourd’hui. On y apprend que le cinéaste iranien Bahman Ghobadi, auteur du très beau film récompensé à Cannes « Les Chats persans » par le Prix « Un certain regard », a été détenu durant une semaine par la police de son pays. Cette arrestation n’a a été rendu publique que le lendemain de la libération de Ghobadi lequel, avant son départ de Berlin pour l’Iran, avait exprimé certaines craintes quant à sa sécurité. Quand il était à Cannes pour présenter son film, le cinéaste n’avait pas hésité à critiquer sévèrement le gouvernement iranien et sa pratique permanente de la censure. Il semble évidemment que ces libres propos aient à l’origine de la détention de Ghobadi. Dans le film proprement dit qui flirte avec le documentaire, Ghobadi met en cause avec force la répression qui s’abat en Iran sur les jeunes musiciens du pays.Il est désormais libre et on ne peut que s’en réjouir. Mais, une semaine en prison, c’est bien long, non ? Passer des ors et des tocs de La Croisette aux flics du gouvernement iranien, le choc a du être brutal. C’est en pensant à Ghobadi et à ce qui vient de lui arriver que Lars von Trier devrait réfléchir à deux fois avant de lancer sur le marché la version dite « catholique » en fait expurgée de son film « L’Antichrist ». Par solidarité avec un confrère persécuté pour son cinéma et par respect pour lui qui se bat vraiment contre l’obscurantlsme au quotidien. Par pudeur enfin, en se disant que décidément pratiquer l’autocensure c’est encenser les censeurs. On préférerait ne pas avoir à opposer la vie de Ghobadi à l’avis de von Trier. D’un côté, la vraie vie avec son cortège de saloperies. De l’autre la vie rêvée d’un cinéaste qui ferait le jeu des salauds s’il persistait dans sa volonté de devancer leurs moindres désirs supposés. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, Lars…La phrase du soir ?« Qu’on nous méprise et qu’on nous railleRien ni personne n’y peut faireIl n’est qu’amour qui vivre vailleLe cœur y brûle comme pailleEt fait paradis de l’enfer » Aragon, « Le Fou d’Elsa »

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