Ce pourrait être l’effet de la fatigue après une semaine de films non stop. Mais non décidément, c’est autre chose : le sentiment de voir des œuvres mineures, sans grand intérêt d’un strict point de vue cinématographique et bien pauvres sur le fond. Avec en prime un misérabilisme et une tendance à l’ultra-mélo qui finissent par donner le tournis. Récemment la « palme » revient au film du Russe Serguei Loznitsa, « MON BONHEUR », soit l’histoire d’un chauffeur routier pris dans un mauvais remake de « Crime et Châtiment », pour aller vite ! On s’est mal remis de l’ennui profond distillé par un film où les meurtres s’accumulent dans une ambiance parfaitement glauque. Ce premier film (en compétition) d’un cinéaste jusque-là documentariste de talent, nous dit-on, a peu de chance de figurer au palmarès. On sera tout aussi sévère avec le film coréen vu ce matin, « POETRY » de Lee Chang-dong (en compétition) dans lequel une grand-mère excentrique découvre, je cite le dossier de presse, que « la vie n’est pas aussi belle qu’elle le pensait ». C’est donc forcément émouvant, beau, attendrissant… Et d’autant plus que ladite aïeule se pique d’apprendre la poésie (mieux vaut tard que jamais) en fréquentant un cours (de poésie donc !) dispensé par un type qui, comme formation accélérée, a du lire l’intégrale de Minou Drouet et s’arrêter là. Ce qui nous vaut de formidables moments de comique involontaire sur la poésie de la pomme dont seule la relecture de Francis Ponge pourra laver l’affront ainsi fait au parti pris des choses. Je ne vous dis même pas ce que la grand-mère va découvrir de terrible à propos de son petit-fils, car tel que c’est traité, on s’en fiche royalement. Ces dernières années, le cinéma asiatique nous a donné des perles cinématographiques centrées bien souvent sur une étude au sclapel de la famille (« THE HOST », « MOTHER » et beaucoup d’autres réussites). Le film de Lee Chang-dong n’apporte rien de nouveau et constitue même une reculade qualitative désolante.Dernière tristesse de cette journée qu’a fort heureusement irradié la « bombe » CARLOS sur Canal + et sur grand écran cannois : le seul film italien de la compétition, « LA NOSTRA VITA » de Daniele Luchetti. Ou comment moderniser la triste triade vichyste en l’appliquant à l’Italie de Berlusconi : Travail (au noir…), Famille, Patrie. Assurément contre son gré, Luchetti nous livre cette morale-là. Certes, il stigmatise une Italie gangrénée par l’argent-roi et le travail au noir, mais ses solutions alternatives reposent sur une vision bien niaise et convenue de la famille-qui-est-toujours-là-quand-on-a-besoin-d’elle, et plus embêtant encore sur une stigmatisation violente des travailleurs immigrés (roumains) qui, ces ingrats, paralysent un chantier en réclamant leur dû et dont l’inconséquence est fort heureusement ( !) rattrapée par l’arrivée de travailleurs italiens certes plus onéreux mais réputés sérieux et bosseurs. Le film commence un peu comme le sublime « LA CHAMBRE DU FILS » de Nanni Moretti, avec « La Chambre de la mère » en quelque sorte, mais rapidement part à la dérive avec une caméra faussement inspirée parce que toujours en mouvement.Et dire que pendant ce temps-là certains découvraient « CARLOS », répétons-le. La vie cannoise, parfois, est aussi injuste que dans un mauvais film coréen !Et demain me direz-vous ? Doug Liman, Lodege Kerrigan et Apitchatpong Weerasethakul.

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