Mais quelle mouche a donc piqué Pascal Thomas ? Le week-end dernier le quotidien suisse « Le Devoir » rendait compte d’un entretien récent avec le cinéaste en titrant : « Le cinéma français ne fait plus rire Pascal Thomas ».Que nous dit l’auteur des « Zozos » à propos du cinéma hexagonal ? Reprenons point par point ses remarques assassines : - « Aujourd’hui, les films soignés se cherchent ». C’est quoi d’abord un « film soigné » ? Il n’est pas certain que ce qualificatif me viendrait spontanément sur les lèvres pour TOUS les films de Pascal Thomas… Et puis pas soignés « La Belle personne » de Christophe Honoré ? « Parlez-moi de la pluie » d’Agnès Jaoui ? « Le Premier venu » de Jacques Doillon ? « Un conte de Noël » d’Arnaud Desplechin ? « Les Plages d’Agnès » d’Agnès Varda ? La Vie moderne » de Raymond Depardon ? Je fais exprès de choisir « large et récent ».- « Depuis dix ou quinze ans, le cinéma français décline ». J’aime toujours beaucoup les datations, surtout quand elles sont aussi floues ! Et surtout quand elles viennent à l’appui d’une tautologie drolatique. Mais, c’est quoi « le cinéma français » ? Si c’est Gad Elmaleh et Jacques Doillon, Dany Boon et André Téchiné (et c’est bien cela dont il s'agit dans la réalité, en effet), alors mieux vaudrait éviter de globaliser le propos, non ? Sous peine de tomber dans un ridicule achevé et dans la confusion des genres, des styles et des exigences : à l'évidence, il n'y a pas un mais des cinéma français. Feindre d'oublier cette réalité, c'est tomber dans l'outrance et la caricature...- « Sans renouvellement d’acteurs » : pardon d’être cruel, cher Pascal Thomas, mais quand soi-même et à plusieurs reprises, on prend Catherine Frot et André Dussolier comme acteurs principaux, on évite de donner des leçons aux autres, certains d’entre eux pendant ce temps faisant émerger, entre autres, Grégoire Leprince-Ringuet,Florence Loiret-Caille ou Clotilde Hesme…- « avec des gens couchés dans l’attente de la subvention » Ah ! ce système français de financement par redistribution des richesses que le reste du monde nous envie, quel pourri, quel galeux. Refrain connu et poussiéreux !- « un laisser-aller, un manque de perfectionnisme dans l’écriture, des sujets sinistres. Il faut prendre des risques. » Tout cela est évidemment très subjectif. Je suis prêt pour ma part à pointer chez Pascal Thomas quelques facilités d’écriture, quelques petits tics à traquer, quelques lourdeurs effaçables pour peu qu’on se relise un peu. Quant à la prise de risque maximale en effet qui consiste à aller piocher des histoires chez Agatha Christie, comme le fait actuellement Pascal Thomas, au détriment de sujets originaux et un peu plus novateurs, mieux vaut passer sous silence cette audace… J’écris ces remarques avec d’autant plus d’aisance que de nombreux films de Pascal Thomas m’ont séduit et que j’ai dit beaucoup de bien en son temps de « Mon petit doigt m’a dit ». Qui aime bien etc.- Quant à la cerise sur le gâteau qui consiste à charger le Festival de Cannes de tous les maux (« Primer trois fois les frères Dardenne, c’est pas normal » nous explique le cinéaste… ah bon et en vertu de quelle normalité ?!), elle est certainement la première application de ce que Pascal Thomas réclame pour conclure cet entretien un peu ubuesque : « Faisons rire les gens ». Pari tenu ! Et merci à Pascal Thomas pour ce qui au final s’avère comme une vraie gourmandise pour mauvais esprit !La phrase du jour ?« On se débrouillera » Catherine Holly, alias Elisabeth Taylor, dans « Soudain l’été dernier » de Joseph Mankiewicz

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