Une petite colère m’a pris ce matin en lisant dans « Libération », sous la plume de Luc Le Vaillant, à propos d’Yvan Attal qu’il aurait pu être, je cite, « cardiologue dans un vieux film de Sautet ». Il n’y a pas de « vieux films » de Claude Sautet parce qu’hélas il ne peut plus y avoir de « jeunes films » de Claude Sautet. Il s’agit donc pour l’auteur de considérer que le cinéma de Sautet est vieux par essence, par définition et … de toute éternité. Dans cette histoire, ce sont surtout les clichés qui ont la vie dure et la vie éternelle des idées reçues pour eux. Passons sur le jeunisme débridé et par conséquent idiot qu’une telle formule dénote : jeune, c’est bien, vieux, c’est moche ! Seulement voilà, j’invite mon excellent confrère à revoir (je n’ose dire voir…) « Mado », « Max et les ferrailleurs », « Un mauvais fils », « César et Rosalie », « Une histoire simple », « Quelques jours avec moi » et « tous les autres » (!) films de Sautet pour se convaincre une bonne fois pour toute que s’il existe un vieux cinéma, c’est ailleurs qu’il convient de le chercher. Le cinéma de Sautet n’est pas ce cinéma bourgeois avec « poutres apparentes au plafond » (c’est une formule signée Jean Rochefort qu’on a connu plus inspiré, il est vrai qu’à l’époque des films de Sautet, il jouait lui dans « Un éléphant, ça trompe énormément », cette aimable pochade). C’est un cinéma dérangeant, tendu, vibrant et traversé de multiples fractures. Il découvre des abysses et en cela sa pérennité (hélas…) est assurée. Si le cinéma de Sautet est vieux alors, il faudrait faire passer à la trappe bon nombre de cinéastes français actuels qui, de Desplechin à Honoré en passant par Giannoli, Jaoui, Garcia et beaucoup d’autres font, conscients ou non (peu importe) de jolis emprunts ou hommages à l’auteur des « Choses de la vie ».

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