Rien de tel qu’une bonne colère pour se remettre à écrire après une longue panne pour cause d’œil et d’ordinateur en berne. Et c’est la lecture du « Film français » de cette semaine qui m’en donne l’occasion. Il s’agit d’un entretien avec Rose Bosh et Ilan Goldman, la réalisatrice et le producteur de « La Rafle », vaste fresque bien pensante et pire encore, dont je vous reparlerai plus en détails très prochainement. Sous ce titre générique qui conviendrait plutôt à un documentaire se cache un film de fiction « sur » la rafle du Vel d’Hiv dont les deux auteurs voudraient nous faire croire qu’il s’agit d’un épisode peu connu de l’Occupation… Pour l’heure, ces deux-là se livrent à un bel exercice d’autosatisfaction dont on finit par se demander s’il ne faudrait pas le prendre intégralement au second degré. Voici donc quelques perles énervantes et signifiantes, mais je ne saurais trop vous recommander d’en lire l’intégralité dans le numéro 3356 dudit hebdomadaire en date du 12 février dernier : - « C’est 100 000 € par plan » raconte « admirative » (je cite l’article) Rose Bosch à propos de la reconstitution du Vel d’Hiv . Et alors ? a-t-on envie de lui répondre à cette réalisatrice qui par ailleurs ne cesse de proclamer sa volonté de, je cite toujours, « faire œuvre ». Losey pour « M. Klein » n’a pas jugé utile de reconstituer à l’escalier près le Vel d’Hiv, il n’empêche que lui a vraiment fait un film qui parle de la rafle en question pour mieux universaliser son propos ce degré que « La rafle » n’atteint jamais hélas. Le Vel d’Hiv devient ainsi un immense Barnum filmé à grands coups de caméra lyrique et pesante : il faut bien rentabiliser l’investissement, n’est-ce pas ? - « Nous pensons qu’il faut toucher un large public. Les enfants d’abord, qui sont les protagonistes majeurs du film. Ils peuvent se tourner vers les adultes en leur disant « regardez ce que vous êtes capables de faire ». Il est aussi susceptible d’interpeller les adultes qui peuvent se dire : rebellons-nous une dernière fois. Et enfin, entre les deux, ceux qui sont avides de comprendre. » Cette fois c’est le producteur de « La Rafle » qui s’exprime. Mais faut-il vraiment commenter et mettre un peu de sel sur la plaie ? Après le devis, le marketing, quoi de plus normal… On « fait œuvre » en ciblant comme dans toute bonne campagne de pub qui se respecte. Les enfants d’abord (c’est bon ça les enfants : ils induisent au moins une place de plus d’accompagnant), puisque de fait le film, non content de traiter lourdement un sujet lourd et douloureux, le fait du point de vue des enfants martyrs. Préparez vos mouchoirs… Une fois encore, chez Losey, point d’enfant mais tellement plus d’abysses… Comme c’est curieux en outre de demander à tous les enfants de culpabiliser tous les parents à propos de ce crime contre l’humanité. Mieux vaudrait les faire se dresser contre les idées des bourreaux, plutôt que de leur proposer comme idée centrale que tous les adultes sont des Nazis !!! Quant aux adultes, ils l’ont compris, ce film est un tel acte de révolte qu’il leur faut saisir cette chance de se rebeller « une dernière fois ». Mais au fait pourquoi « une dernière fois » ? C’est le film de la dernière chance alors ! Voir « La Rafle », se rebeller (contre qui au fait ?) et mourir. C’est beau comme du Subtil relu par BHL… Mais le meilleur est pour la fin : ni les enfants, ni les adultes ne sont manifestement « avides de comprendre ». J’avoue que j’ai du mal à identifier cette troisième catégorie de public. Les animaux peut-être ? le fantastique Mr. Fox en ce cas… Non décidément je ne vois pas de qui Ilan Goldman veut parler et là c’est embêtant parce que du coup il manque un troisième public à son beau plan de com. - A la question « Avec un tel sujet hors norme et difficile, « La Rafle » n’est-il pas un pari commercialement dangereux ? », voici la réponse-conclusion du producteur : « Il y a aujourd’hui plus d’un million de visiteurs par an à Auschwitz ». Franchement, je ne pensais pas que cette fréquentation-là pouvait faire sens, servir de référence dans des attentes de succès commercial et répondre à cette question… - « La France a du mal à faire des films sur son passé. A l’inverse des Américains qui l’embrassent de suite » déclare doctement Ilan Goldman. Qu’un professionnel « de la profession » ressasse à ce point des idées reçues, c’est embêtant. Le premier « vrai » film américain sur le Vietnam est venu dix ans plus tard. Ce fut un tout petit plus tôt pour le cinéma français sur l’Algérie. Et par exemple, on serait bien en peine de citer un film américain sur le camp de Guantanamo… Rien n’est simple dans la vraie vie. Mais il est vrai que plus loin Ilan Goldman, interrogé sur le fait que le film a été « réalisé par une non-juive » (je ne fais que citer la question, hein ?!) affirme : « Les plus grands films qui ont été faits sur des juifs l’ont été par des Italiens ». C’est cinématographiquement incongru et par ailleurs c’est beau comme du Raymond Barre… Question : on peut être juif, italien et cinéaste, non ? Réponse : oui, évidemment. Mais au fait c’est quoi ce goût pour les catégories et les étiquettes quand on se défend, comme Ilan Goldman, de toute tendance communautariste ?... Je vous laisse donc méditer cette nouvelle citation de notre producteur décidément très en verve : « Je serais allé voir un metteur en scène, une femme, une mère et une non-juive pour assurer la réussite du film ». - « Si tout le monde faisait des mariages mixtes, tout irait beaucoup mieux. » Ilan Goldman. Je commente ? Non, allez, soyons charitable, une fois n’est pas coutume. - « Quand beaucoup de films français ne disent pas grand chose, comment voulez-vous qu’ils s’exportent ! J’ai montré « La Rafle » à des amis américains, sans sous-titres. Ils ont tout compris. C’est le langage universel du cinéma. » Ilan GoldmanTout bien considéré une telle déclaration n’est pas forcément très gentille pour les amis américains en question mais constitue toutefois une belle défense et illustration de l’indéniable indigence des dialogues du film.Et puis, parce que les meilleurs choses ont une fin, la toute dernière, l’éclat de rire final, l’apothéose :« Le Film français : Vos deux têtes d’affiche, Jean Reno et Gad Elmaleh, sont connues dans des registres plus légers. C’est une façon de faire venir un public large ? Rose Bosch : Je jure que je n’y ai jamais pensé ! »Pas d’autres citations-souvenirs ce soir sous peine d’overdose après l’avalanche qui précède.Vite, un film !

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