" Je trouve que c'est un film facile". En peu de mots mais avec quels mots, Nanni Moretti a dit tout haut ce que beaucoup finalement pensent tout bas à propos de "The Artist", la nouvelle coqueluche du prêt à penser hollywoodien repris par les zélés serviteurs de l'Empire toujours prompts à chanter l'éternel refrain du "La-bas, c'est tellement mieux qu'ici". Que cette énième révérence à l'Oncle Sam dans ce qu'il peut avoir de plus momifié ait provoqué tant déloges et de récompenses avait de quoi laisser pantois le moindre cinéphile un tant soit peu sain d'esprit.

Mais que le futur Président du Festival de Cannes exprime à la perfection un sentiment plus partagé qu'on ne croit fait rudement plaisir. Merci donc à Nanni Moretti pour sa belle franchise. A l'heure où Jean Dujardin croule sous les statuettes, rentre dans le Robert (on prie pour que Larousse conserve sa légendaire sagesse...) et fait l'objet d'une biographie (à quand la Panthéonisation de son vivant au fait ?) et où Michel Hazanavicius vaticine avec un terrible esprit de sérieux sur le cinéma en empilant les remakes, hommages et autres "à la manière de" comme autant de preuves d'un manque sidérant d'envie de faire du cinéma (c'est à dire de faire des propositions et non des répétitions), à ces heures tristounettes donc, qu'il est doux d'entendre Nanni Moretti crier à la facilité et partant, au renoncement. En un seul adjectif, il aura su dire sans excès inutile et son exigence et son désintérêt pour la facilité, renvoyant les thuriféraires du film à un nécessaire devoir de modération.

Bienvenue à Cannes, monsieur le Président. Sous votre gouvernance éphémère, on ne risque pas de s'ennuyer à voir des cabots vrais et faux sur grand écran mal faire des claquettes en courant après une nostalgie qu'ils n'ont jamais eue. Avec vous, rien ne sera donc facile et on s'en réjouit vivement.

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