Chine, fin 1999.

Tao, une jeune fille de Fenyang est courtisée par ses deux amis d'enfance, Zhang et Lianzi. Zhang, propriétaire d'une station-service, se destine à un avenir prometteur, tandis que Liang travaille dans une mine de charbon.

Le cœur entre les deux hommes, Tao va devoir faire un choix qui scellera le reste de sa vie et de celle de son futur fils, Dollar.

Sur un quart dse siècle, entre une Chine en profonde mutation et l'Australie comme promesse d'une vie meilleure, les espoirs, les amours et les désillusions de ces personnages face à leur destin.

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On connait et on aime le cinéma du Chinois Jia Zhang-Ke dont ler précédent film, "A touch of sin" était déjà en compétition ici, en 2013. Un cinéma que les Chinois ne voient guère tant les films sont d'implacables portraits d'une société en pleine mutation. Or, ce nouveau film dont le titre original signifie "Les vieux amis sont comme la montagne et le fleuve" sortira lui sur les écrans chinois avec l'accord des autorités. Est-ce alors un propos édulcoré ? Là n'est pas la question. Les terribles réalités montrées par le cinéaste dans ses films précédents affleurent ici de temps à autre mais le propos est ailleurs. Comme s'il s'agissait d'abord de tenir pour acquis que ce qui pose d'abord problème, c'e'st l'identité au sens large du terme. Non dans son acception rabougrie mais dans sa dimension la plus humaine : de quel pays est-on ? A trop s'écarter du fleuve et de la montagne, on se risque au dépérissement et plus encore au désenchantement. Ici, l'Australie servira non de défouloir mais simplement de réceptacle pour un futur non maîtrisé. Quand on appelle son fils "Dollar", alors qu'on est un citoyen chinois, on avalise d'avance une mondialisation fondée sur un empire qui n'est qu'un colosse aux pied d'argile. Mais ainsi vont les hommes : fascinés par tout ce qui brille. Le constat ici sera plus qu'amer pour celui qui a ainsi prénommé son fils dans l'insouciance absolue et dans le reniement de soi. Il lui faudra un jour une traductrice pour parler avec son héritier. Mais le temps aura fait son affaire.

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Impossible de résumer plus avant les intentions foisonnantes d'un Jia Zhang-Ke qui, en maniant les formats cinématographiques comme personne, multiplie les prouesses stylistiques. Sans jamais donner à son spectateur l'impression qu'il s'agit de gadgets. On est bien loin des esbrouffes vues trop souvent cette année à Cannes.

"Le dedans vous attend dehors", c'est à Victor Segalen que l'on doit cette impeccable définition du mirage de l'ailleurs. Jia Zhang-Ke et son détour australien ne dit rien d'autre. On a beau porter son secret autour du cou, comme le jeune héros du film, c'est à dire le simple trousseau de la maison maternelle donc familiale, il faut bien accepter le retour au pays. C'est dans ce jeu subtil entre le passé, le présent et un avenir au présent que le film est à son meilleur. Il nous entraîne alors dans une voyage à la recherche du temps perdu puis retrouvé comme il se doit. D'abord touffu et confus, le film prend progressivement possession de lui-même, levant les brouillards inutiles, concentrant son propos sur les personnagesw centraux, abandonnant ce que l'histoire et l'Histoire de la Chine semble abandonner. Avec malice et tendresse, le cinéaste confie à un Labrador (plusieurs en fait à des âges différents) le soin premier d'incarner le temps qui passe. Jusqu'à cette incroyable scène finale, la plus belle vue depuis belle lurette au cinéma, où la liberté du corps et de l'esprit s'affirme et s'affiche. On est sorti de la salle de projection dans un état proche d'une province chinoise dont le bonheur serait le seul mot d'ordre, et ce en dépit d'incroyables problèmes techniques durant la projection. Mais le film emporte tout sur son passage, y compris les projections improbables. Il aura donc fallu attendre une semaine ou presque pour que le cinématographe daigne se montrer en majesté au sein de la compétition officielle. Mais c'est quoi une semaine face à deux heures d'un enchantement sans mélange ? Ce film est d'orers et déjà inscrit dans la liste des films à revoir.

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