Enki Bilal fait partie des deux français du jury du Festival de Cannes 2019, présidé cette année par le réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Iñarritu. Le dessinateur, qui vient de sortir le deuxième tome de sa série "Bug", a toujours été largement inspiré par le grand écran.

Enki Bilal à Paris en 2017
Enki Bilal à Paris en 2017 © Getty / Foc Kan

Le cinéaste multi-oscarisé Alejandro Gonzalez Innaritu, président du jury du festival de Cannes, a réuni autour de lui quatre femmes et quatre hommes avec notamment l’actrice américaine Elle Fanning ou le cinéaste français Robin Campillo.

Comme Marjane Satrapi avant lui, le dessinateur français Enki Bilal, l'une des plus grandes signature de la BD, fait lui partie de l'équipe. Il vient de publier le deuxième tome de "Bug" (Ed. Casterman), un récit d’anticipation qui montre la planète plongée dans le chaos après la disparition de toutes les données numériques. Il nous raconte à quel point le cinéma a parcouru son oeuvre, le poussant même à passer derrière la caméra en 1989 pour "Bunker Palace Hotel", avec Jean-Louis Trintignant, Carole Bouquet et Maria Schneider.

En dehors de la BD, Bilal s’est toujours intéressé aux autres arts. C’est un artiste cinéphile et attentif aux évolutions du monde qui s'apprête à juger cette sélection : 

Je crois que je vois une vingtaine de films par mois. Le cinéma m'inspire davantage pour ma bande-dessinée, que la bande-dessinée elle-même

L'artiste, né en Serbie et naturalisé français à l'âge de 16 ans, se rappelle : "On a souvent des images austères des pays de l'Est, mais à Belgrade dans les années 50, il y avait beaucoup de cinéma pour les enfants, de théâtre pour enfants, et du cinéma américain". 

"Ma mère nous emmenait, ma soeur et moi, voir des westerns, avec Richard Widmark, pour qui je m'étais pris d'affection parce qu'il me rappelait mon père, que je ne voyais pas à ce moment-là parce qu'il était parti en éclaireur à Paris"

"À Paris, au lycée, j'ai continué, au ciné-club, à consommer énormément le film. Cette passion pour le cinéma était présente mais je considérais qu'il fallait passer par une école", se souvient-il. "Et puis le cinéma est venu à moi, avec Bunker Palace Hotel, que je voulais faire au départ comme un court-métrage, par ce que je considérais qu'il fallait apprendre. Mais mon producteur de l'époque, Maurice Berlin, me dit 'un court-métrage ça va me coûter cher, et personne ne le verra. Va directement sur un long, et je te produit".

"On est dans un monde très formaté" poursuit le dessinateur, "rempli de débats violents manichéens, il n'y a plus de place pour la nuance. Et cette nuance, c'est quelque chose d'extrêmement important. On va justement vivre de la nuance pendant quinze jours, des films qui sont des expressions d'artistes".

"J'évite les réseaux sociaux, j'essaie de rester dans une forme d'indépendance d'esprit"

Enki Bilal a déjà eu l'expérience de voir "deux films par jours", lui qui a déjà été deux fois juré à Deauville. Ainsi, de son rôle de juré à Cannes, face à chaque film, Enki Bilal attend, une nouvelle fois, "d'arriver neuf, être comme une espèce d'éponge qui va prendre chaque histoire, chaque style, chaque performance d'acteur comme un cadeau et comme une déflagration qui va laisser des traces (...) Ce que je vais voir à Cannes va vraisemblablement influencer la suite de ma création, comme ça toujours été le cas [avec] le cinéma".

Aller plus loin

France Inter, associée au Centre National du Cinéma et de l’image animée, présente Ecoutez le cinéma, le podcast original consacré au cinéma. Abonnez-vous dès maintenant sur Itunes ou via le lien RSS et vivez au rythme de la Croisette.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.