Vient l’heure des bilans. C’est la règle en fin d’année. Côté purement économique, le bilan du cinéma en France est au beau fixe : 2009, une année record en terme de fréquentation, devant celle, mythique pourtant chez les exploitants, des Ch’tis ! La presse écrite a largement rendu compte de cette bonne nouvelle, sans pour autant dissimuler son côté sombre : les films du milieu, les films d’auteurs à budget moyen, ont de plus en plus de mal à exister dans ce contexte qui privilégie les grosses productions à la paresseuse comme « Le Petit Nicolas ». Comme quoi, « une hirondelle, etc ». Au-delà des chiffres, il y a des œuvres et ce sont elles qui nous parlent. Or, cette année, elles nous ont souvent parlé de l’enfermement et de son antithèse. Des exemples ? « Un prophète », ou tout un film en prison ou presque. « Qu’un seul tienne et les autres suivront », ou un premier film sur ceux qui sont à l’extérieur. « Le Roi de l’évasion », ou comment fuguer à deux quand on s’aime et faire un pied de nez à ceux qui vous mettraient bien cage. « Au voleur », un premier film encore, ou comment fuguer etc. « A côté », un documentaire cette fois, ou le double parfait de « Qu’un seul tienne … ». Allez, un dernier exemple pour la route, un autre documentaire : « Ne me libérez pas, je m’en charge » » ou le témoignage de Michel Vaujour l’éternel évadé. Quoi ? j’en oublie ? oui, évidemment et même un gros poisson en deux films : Mérine et Messerine ! Et même des prisons « sauvages » comme celle de « Rapt » ou des prisons antichambres de la mort comme dans « L’Armée du crime ». Sans compter que c’est la prison qui est au bout de l’histoire de « A l’origine » (qui fait l’acteur dans le film de Xavier Giannoli ? Le vrai juge d’instruction du vrai fait divers dont s’est inspiré le cinéaste…)On peut toujours créditer le hasard d’une telle convergence vers un sujet unique. On peut également se demander si, au-delà du hasard indéniable, il n’y aurait pas comme le reflet d’une recherche commune. Le but de tout cinéaste qui se respecte, c’est précisément d’enlever son spectateur, de le rapter. « On s’en va ? » , ce pourrait être la question-clé, celle que l’auteur pose d’entrée de jeu à sa spectatrice ou à son spectateur. Le cinéma, c’est peut-être d’abord ça : « Prêt ? Partez ! ». C’est évidemment un enlèvement consenti, attendu, espéré, mais un enlèvement quand même. Et c’est une promesse d’émotions à venir par conséquent, de frissons et de troubles sans doute. Quoi de plus normal alors que les films nous content des histoires d’enfermement, de libération, d’évasion ? Et là, ce n’est peut-être pas un hasard si ces films sont parmi les plus réussis de l’année écoulée. Ils font doublement sens à nos esprits cinéphiles. Presque un effet de miroir : le cinéma nous libère d’une façon générale et peut-être plus encore quand il nous parle d’enfermement. Audiard, Fehner, Guiraudie, Leonor, Mercurio et les autres « cinéastes de la prison et de la liberté » l’ont compris et c’est ainsi qu’ils font des films « justes ».Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« La nuit le bruire des colombes sur le toitLa plainte des prisons la perle des plongeursTout ce qui fait chanter et se taire c’est toi »Aragon, « Le rendes-vous perpétuel »

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